Un seuil symbolique franchi, des défis concrets à venir
Le Vietnam a été récemment reclassé par le Groupe de la Banque mondiale dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire supérieur. Ce changement provient de la hausse du revenu national brut (RNB) par habitant, passé de 4 490 $ en 2024 à 4 970 $ en 2025, ce qui dépasse le seuil de 4 636 $ fixé par la classification actuelle de l'institution. Dans un classement couvrant 218 pays, le Vietnam figure parmi les économies ayant progressé de catégorie, après 17 années passées dans la tranche inférieure depuis 2009.
« il s'agissait d'une étape importante dans le parcours de développement du Vietnam, mais que cela présentait également de nouveaux défis de croissance »,
ces mots de Mariam J. Sherman, directrice des opérations de la Banque mondiale pour la région, reflètent l'idée centrale : passer un seuil statistique est une réussite, mais la trajectoire future exige des transformations structurelles plus profondes.
Ce qui a porté la progression
Le recul des éléments publics fournis met en lumière trois moteurs identifiables :
- Des flux soutenus d'investissements étrangers, qui ont alimenté la construction d'unités de production et l'intégration aux chaînes régionales ;
- Une dynamique exportatrice, dopée par des secteurs manufacturiers tels que le textile, l'électronique et l'assemblage ;
- Un marché des services en expansion, qui a contribué à l'augmentation des revenus et à la création d'emplois urbains.
Ce que signifie ce palier en termes concrets
Entrer dans la catégorie des revenus intermédiaires supérieurs modifie plusieurs paramètres économiques et politiques :
- Les attentes des investisseurs évoluent : au-delà des coûts salariaux compétitifs, c'est désormais la qualité des infrastructures, la sécurité juridique et la disponibilité de compétences qualifiées qui feront la différence.
- Les marges de manœuvre des politiques publiques se redéfinissent : la simple accumulation de capital ne suffit plus, il faut améliorer la productivité et stimuler l'innovation pour maintenir la croissance.
- La concurrence internationale monte en gamme : le Vietnam sera comparé à des pays dont les défis portent davantage sur la transformation numérique, la R&D et la montée en valeur ajoutée industrielle.
Objectif 2045 : devenir un pays à revenu élevé
Le gouvernement vietnamien affiche l'ambition de devenir un pays à revenu élevé d'ici 2045. Pour y parvenir, le passage par la catégorie intermédiaire supérieure n'est qu'une étape. Les orientations cités par la Banque mondiale et les autorités soulignent la nécessité de :
- renforcer la productivité par la montée en compétences et l'investissement technologique ;
- encourager la recherche et développement et la transformation numérique ;
- améliorer la qualité des institutions et la gouvernance économique pour convertir les revenus en progrès social durable.
Chiffres clés
| Indicateur | 2024 | 2025 | Seuil classification |
|---|---|---|---|
| RNB par habitant (en $) | 4 490 | 4 970 | 4 636 |
| Nombre de pays classés | 218 | ||
Conséquences pour l'économie vietnamienne et ses partenaires
Pour les entreprises locales, le défi est de gagner en compétitivité hors-coûts : cela passe par la montée en gamme des produits, la diversification des marchés et l'amélioration des processus. Pour les investisseurs étrangers, le profil du Vietnam s'élèvera : une main-d'œuvre moins bon marché mais mieux qualifiée, des besoins accrus en infrastructures avancées et une demande pour des services de haut niveau.
À l'échelle régionale, le succès vietnamien met la pression sur les voisins pour accélérer les réformes. À l'échelle nationale, il oblige les responsables publics à traduire la croissance en gains réels pour la population : augmentation des revenus, réduction des inégalités et progrès des services publics.
Le passage au palier supérieur est donc à la fois une récompense pour des décennies de réformes et un point de départ : la route vers le statut de pays à revenu élevé d'ici 2045 nécessitera une réorientation des politiques vers la productivité, l'innovation et l'élévation du capital humain.