Un investissement industriel de 13 millions d'euros pour structurer une filière
La PME Les Chanvres de l’Atlantique, basée à Saint‑Geours‑de‑Maremne (Landes), a confirmé un engagement de 13 millions d’euros destiné à l’extension de son site. L’entreprise, qui emploie aujourd’hui 10 salariés, prévoit d’ouvrir les nouvelles installations au milieu de l’année 2028. Ce plan, lancé initialement en 2022 mais ralenti par la crise sanitaire et des tensions géopolitiques, vise à renforcer l’offre industrielle française sur deux segments : la fibre textile et le béton de chanvre pour le bâtiment.
Après l’entrée en service en 2022 d’une usine alimentaire de 2 000 m² consacrée aux graines (huiles, farines, protéines), la société s’apprête à lancer le chantier pour ériger deux unités supplémentaires de 4 000 m² chacune sur son site actuel. Une première tranche (défibrage) et une seconde (fabrication de blocs) porteront la surface totale du site à près de 10 000 m².
Capacités prévues et débouchés
Les capacités annoncées sont précises et tournées vers l’amont industriel :
- une unité de défibrage d’environ 4 000 m² destinée à produire 10 000 tonnes annuelles de fibres longues, vendues aux filateurs pour la production de fils et de textiles ;
- une autre unité, de même superficie, pour la fabrication de blocs préfabriqués en béton de chanvre, avec une production attendue de 30 000 blocs par an.
«On a eu du retard dans la production des machines et des usines, mais le projet est resté le même», explique Vincent Lartizien, fondateur de l’entreprise.
La PME précise que l’équipement attendu pour le défibrage n’est pas une machine textile mais un outillage permettant d’obtenir des fibres longues, préparatoires au filage chez des transformateurs tiers. Pour le béton de chanvre, l’entreprise cherche à lever des verrous techniques historiques, notamment les durées de séchage, en s’appuyant sur l’expérience acquise lors de la construction de sa première usine et d’une chambre froide utilisée pour ses produits.
Financement et impacts sociaux
Le budget global du projet, initialement estimé à une quinzaine de millions d’euros, a été revu à la baisse et s’établit à 13 millions d’euros. Le montage financier associe plusieurs sources : l’ADEME, des banques et l’actionnaire majoritaire, François Payot (ancien dirigeant de Rip Curl Europe). Au plan de l’emploi, la montée en capacité devrait conduire à la création d’environ une dizaine de postes au total.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Surface actuelle ajoutée | 2 x 4 000 m² (après 2 000 m² existants → ~10 000 m²) |
| Production fibres longues | 10 000 tonnes/an |
| Production blocs béton de chanvre | 30 000 blocs/an |
| Effectif actuel | 10 salariés |
| Emplois créés | ~10 postes |
| Budget | 13 millions d’euros |
Ce que cela signifie pour la filière et les territoires
Sur le plan sectoriel, l’opération confirme la montée en puissance des usages industriels du chanvre en France : substitution de matières, matériaux biosourcés pour la construction et montée de la chaîne de valeur locale pour le textile. En ciblant la production de fibres longues plutôt que du fil, la PME s’inscrit dans une logique d’amorçage industriel qui repose sur des partenariats avec des filateurs pour la transformation finale.
Pour les acteurs du bâtiment, la fabrication locale de blocs en béton de chanvre peut faciliter l’intégration de matériaux isolants à faible empreinte carbone dans les grands chantiers, à condition que les verrous techniques — notamment les temps de séchage — soient réellement résolus à l’échelle industrielle.
Enfin, pour le territoire landais et l’écosystème des petites et moyennes entreprises industrielles, l’investissement représente une opportunité de renforcer l’emploi industriel qualifié et de structurer des débouchés pour les cultures locales de chanvre.
Reste la question de l’équipement et des délais : l’entreprise indique que les retards antérieurs proviennent principalement de la production des machines et de la fourniture des usines. Le calendrier reste malgré tout fixé à une ouverture mi‑2028, sous réserve du bon déroulement des livraisons et des travaux.