Un reflux massif de prélèvements décidés sous l’administration précédente
Les autorités américaines ont commencé à restituer aux entreprises près de 100 milliards de dollars issus de droits de douane instaurés sous la présidence de Donald Trump. Ce montant provient des données transmises à l’US Court of International Trade et analysées par le Financial Times. Sur l’ensemble des prélèvements concernés, évalués à environ 165 milliards de dollars, près de 60,6 % ont déjà été reversés.
Origine juridique et champ de l’arrêt
La décision fait suite à l’arrêt Learning Resources v. Trump rendu le 20 février par la Cour suprême des États‑Unis. Les juges ont estimé que l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) ne donnait pas au président le pouvoir d’instaurer des droits de douane permanents : la compétence de lever des taxes revient au Congrès, tandis que l’IEEPA permet seulement de régler certains échanges en situation d’urgence internationale. Concrètement, l’arrêt remet en cause deux séries de prélèvements appliqués précédemment.
Une procédure complexe et automatisée de remboursement
La restitution porte sur des droits perçus sur plus de 53 millions de déclarations, impliquant plus de 330 000 importateurs. Pour gérer l’ampleur de l’opération, l’US Customs and Border Protection (CBP) a développé un système nommé CAPE (Consolidated Administration and Processing of Entries) qui regroupe les déclarations concernées et automatise une partie des calculs. Les remboursements sont accompagnés d’intérêts et se réalisent désormais par paiements électroniques via le dispositif ACH.
Qui reçoit réellement l’argent ?
La procédure de remboursement est strictement administrative : le bénéficiaire est l’entité légalement inscrite comme importer of record aux États‑Unis. Cela signifie que, pour des groupes européens — y compris luxembourgeois ou français — le gain revient à la filiale ou au partenaire figurant comme importateur officiel sur les déclarations américaines, et non automatiquement au fabricant ou à l’exportateur étranger.
Conséquences pratiques pour les entreprises européennes
- Administratif : les importateurs doivent s’inscrire via leur compte ACE et fournir un identifiant fiscal/douanier et un compte bancaire américain pour recevoir le paiement.
- Financier : les sommes remboursées sont majorées d’intérêts, mais le versement se fait directement au compte indiqué, ce qui peut laisser des groupes étrangers dépendants de la structure juridique de leur chaîne logistique américaine.
- Stratégique : la décision judiciaire recentre le pouvoir de taxation sur le Congrès et crée un précédent réglementaire susceptible d’influer sur la confiance des entreprises quant à la stabilité des mesures commerciales américaines.
Tableau récapitulatif
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Droits perçus au total | ~165 milliards $ |
| Montant déjà remboursé | ~100 milliards $ |
| Taux de remboursement | 60,6 % |
| Déclarations concernées | ~53 millions |
| Importateurs affectés | ~330 000 |
Pour les acteurs français, ce mouvement implique à la fois une opportunité de redressement de charges indûment payées et un rappel que la structuration des chaînes d’importation aux États‑Unis — qui détermine le bénéficiaire légal des remboursements — est un élément clé de la valeur récupérable. La mise en place de CAPE et le passage aux paiements électroniques simplifient la logistique des remboursements, mais n’effacent pas la nécessité d’une coordination juridique et fiscale précise entre exportateurs et leurs entités américaines.