Les bureaux familiaux misent sur les actifs non cotés
Les family offices prospectent désormais davantage les placements alternatifs : private equity, crédit privé, infrastructures et immobilier figurent en tête des intentions d'allocation, selon une étude mondiale commandée par Ocorian et réalisée en février 2026 auprès de 200 membres de familles fortunées et dirigeants de bureaux familiaux répartis dans 16 pays et territoires.
Le phénomène s'accompagne d'une montée de la tolérance au risque, que les répondants relient notamment à une meilleure transparence des stratégies alternatives. L'enquête ne couvre pas le Canada, mais inclut les États-Unis et d'autres places internationales, donnant une photographie utile des orientations stratégiques qui influencent les flux vers les marchés privés.
Des engagements pluri-catégories et des magnitudes d'augmentation
Les résultats montrent une volonté quasi générale d'accroître les expositions sur l'ensemble des segments principaux :
- Capital-investissement : tous les répondants prévoient d'accroître leur exposition ; 66% d'entre eux anticipent une hausse comprise entre 25% et 50%.
- Capital privé (terme proche du private equity dans l'étude) : 96% des bureaux familiaux envisagent d'augmenter leurs allocations.
- Crédit privé : 93% prévoient d'accroître leurs engagements.
- Infrastructures : 88% comptent augmenter leurs allocations.
- Immobilier : 86% des répondants projettent une hausse.
| Catégorie | % de répondants prévoyant d'augmenter |
|---|---|
| Capital-investissement | 100% (66% visent +25–50%) |
| Capital privé | 96% |
| Crédit privé | 93% |
| Infrastructures | 88% |
| Immobilier | 86% |
« Les bureaux familiaux sont de plus en plus disposés à prendre davantage de risque, et leur intérêt croissant pour les placements alternatifs en est l’une des principales raisons », indique Andy Bailey, chef des services aux clients privés pour Guernesey et l’île de Man chez Ocorian.
Contexte et implications pour l’épargne patrimoniale
Cette réorientation traduit plusieurs tendances : recherche de rendement sur des actifs moins corrélés aux marchés cotés, réponse à l'environnement de taux, et volonté de diversifier les sources de revenu et d'alpha. Pour les family offices, l'attrait du private equity s'explique par la possibilité d'obtenir une prime d'illiquidité et d'influer davantage sur la création de valeur au niveau des participations.
Pour les gestionnaires et conseilleurs, l'accroissement des allocations pose des enjeux opérationnels : capacité d'accès à des deal flows de qualité, structures de gouvernance adaptées, transparence des frais et reporting, ainsi que gestion du risque de liquidité. Les investisseurs institutionnels observent la même tendance, selon d'autres études citées par le rapport, renforçant l'appétit global pour les marchés privés.
Arbitrages et risques à mesurer
Augmenter la part des alternatives implique des arbitrages clairs pour la composition des portefeuilles : réduction de la poche d'actifs liquides ou des allocations aux actions et obligations cotées, exposition accrue à l'illiquidité et à des cycles d'évaluation différents. Les bureaux familiaux doivent aussi calibrer leur horizon d'investissement, leur capacité à supporter des pertes temporaires et la sophistication du reporting exigé.
Enfin, cette dynamique pourrait peser sur la structuration de l'offre : multiplication de véhicules dédiés, nécessité d'offres sur-mesure pour de petits acteurs, et renforcement des services de conseil fiscal et réglementaire pour accompagner des allocations alternatives plus élevées.
En synthèse : l'étude Ocorian met en évidence une tendance nette des family offices à accroître significativement leur exposition aux placements alternatifs, en privilégiant le capital-investissement. Ce mouvement redessine les besoins en expertise, en transparence et en capacité d'accès aux marchés privés, avec des conséquences sur la construction des patrimoines et sur l'industrie de la gestion d'actifs.