Un secteur jugé «anecdotique» pour les États-Unis appelle à l’exemption
Face à la décision américaine d’appliquer un taux de 12,5 % sur les exportations horlogères suisses, le directeur général de Breitling, Georges Kern, a publié une tribune dans la presse germanophone pour demander une exception pour les montres helvétiques. Interrogé par la NZZ am Sonntag, il estime que les droits de douane relèvent d’un protectionnisme mal ciblé et que certains secteurs ne justifient pas d’être protégés car ils sont «anecdotique[s]» aux États-Unis.
La demande intervient dans un contexte où la filière a déjà traversé des turbulences tarifaires. En 2025, des taxes imposées par Washington avaient été remboursées intégralement à certains fabricants après une décision de justice. La Cour suprême a, selon le directeur de Breitling, invalidé ces mesures en février dernier. Malgré ces revers, l’administration américaine a instauré récemment un nouveau taux de 12,5 % sur les exportations horlogères suisses.
«Les droits de douane relèvent du protectionnisme, mais il existe des secteurs que les Américains n’ont pas besoin de protéger, car ils n’en ont tout simplement pas.»
Arguments économiques et stratégie industrielle
Georges Kern avance plusieurs arguments en faveur d’une exemption : une baisse des prix pour les consommateurs américains, un allègement de la charge fiscale des entreprises exportatrices, et un effet positif sur l’investissement des manufacturiers locaux aux États-Unis. Il souligne par ailleurs que le marché américain est, pour l’heure, le seul en croissance pour son groupe, ce qui explique les efforts d’implantation et d’investissement réalisés récemment par Breitling outre-Atlantique.
- Coût pour le consommateur : les droits alourdissent le prix final des montres aux États-Unis.
- Compétitivité des entreprises : une taxe supplémentaire accroît la charge sur les exportateurs et peut freiner l’investissement.
- Planification industrielle : Kern plaide pour une période de stabilité de deux ans permettant aux entreprises de planifier sereinement.
Conséquences pratiques et demande d’un horizon stable
Pour le patron de Breitling, l’objectif est d’obtenir «deux ans de calme» afin de retrouver un cadre prévisible pour les investissements et la production. Il appelle aussi à distinguer les mesures protectionnistes qui visent réellement à développer la production domestique de celles, selon lui absurdes, qui pénalisent des biens impossibles à fabriquer en grande série aux États-Unis.
La prise de position de Kern rejoint une inquiétude plus large au sein des acteurs européens du luxe : une montée des barrières tarifaires peut modifier les équilibres commerciaux et renchérir le coût des exportations vers un marché majeur, tout en compliquant les décisions d’implantation industrielle et commerciale.
| Élément | Données |
|---|---|
| Taux tarifaire récent | 12,5 % |
| Mesures précédentes (2025) | Taxes remboursées intégralement pour certains fabricants |
| Décision judiciaire | Invalidation par la Cour suprême en février |
Au-delà du cas suisse, cette séquence illustre la difficulté pour les exportateurs européens à anticiper des changements de politique commerciale côté américain. Pour les entreprises françaises du secteur du luxe et de la haute horlogerie, les décisions de Washington constituent un paramètre essentiel de compétitivité sur le marché américain.
Les appels à des exemptions ciblées pourraient, s’ils se multiplient, forcer l’administration américaine à préciser ses critères ou à ouvrir des négociations sectorielles. En l’état, les acteurs concernés réclament essentiellement un cadre stable et prévisible afin de poursuivre leurs stratégies d’investissement et d’approvisionnement.