Une croissance élevée mais inégale
La Banque mondiale décrit pour 2025 une situation économique marocaine où le rythme de croissance paraît exceptionnel sur la décennie, mais dont les bénéfices ne se diffusent pas équitablement. Le produit intérieur brut réel du pays a progressé de 4,9 % en 2025, contre 3,8 % en 2023 et 4,4 % en 2024. Ce niveau place le Maroc au-dessus de la moyenne régionale Moyen-Orient et Afrique du Nord, et même au-dessus de la moyenne des économies émergentes et en développement.
Pourtant, la Banque mondiale attire l'attention sur la composition de cette hausse : elle est largement tirée par l'investissement et la dépense publique plutôt que par une reprise robuste de la demande privée.
Investissement et dépense publique en tête
L'investissement a connu un bond important, avec une hausse de 16,3 % en 2025, après 13,9 % en 2024 ; la formation brute de capital fixe a augmenté de 14,4 %. Ces évolutions sont étroitement liées aux grands chantiers d'infrastructures, en particulier ceux préparatoires à la Coupe du monde 2030.
Parallèlement, la consommation publique a crû de 5,1 %, largement sous l'effet de l'extension des dispositifs de protection sociale (coûtant environ 0,2 point de PIB) et du renforcement des services publics (pour près de 0,7 point). Le rapport note que depuis la pandémie, investissement et dépense publique progressent plus rapidement que le PIB nominal.
- Investissement : +16,3 % en 2025
- Formation brute de capital fixe : +14,4 %
- Consommation publique : +5,1 %
Indicateurs macroéconomiques clés
Sur l'inflation, le rapport enregistre des chiffres particulièrement bas : une inflation globale à 0,8 % et une inflation sous-jacente à 0,6 % en 2025. Côté finances publiques, le déficit budgétaire est revenu à 3,5 % du PIB (contre 7,1 % en 2020) tandis que la dette publique du Trésor s'est stabilisée autour de 66,6 % du PIB.
| Indicateur | 2025 |
|---|---|
| PIB réel (croissance) | 4,9 % |
| Inflation | 0,8 % |
| Déficit budgétaire | 3,5 % du PIB |
| Dette du Trésor | 66,6 % du PIB |
| Réserves de change fin 2025 | ~47 milliards $ (≈ 5,4 mois d'importations) |
La demande privée à la traîne
Malgré ces chiffres globaux flatteurs, la consommation des ménages marque le pas et l'emploi reste inférieur à son niveau de 2019. Autrement dit, le rebond macroéconomique ne s'est pas transformé en un redressement net du pouvoir d'achat ni du marché du travail pour une large part de la population.
Risques et implications
Le rapport met implicitement en garde contre les limites d'une croissance portée majoritairement par la commande publique : si les grands projets soutiennent la demande et l'investissement à court terme, ils peuvent laisser intactes des fragilités structurelles — faible dynamisme de la consommation privée, création d'emplois insuffisante et dépendance aux dépenses budgétaires. Sur le plan extérieur, les réserves de change sont jugées confortables (≈ 49 milliards $ fin mars 2026), et les agences de notation ont relevé la note souveraine en catégorie investissement, signes de crédibilité retrouvée sur les marchés.
Pour les ménages, la question reste concrète : une croissance élevée ne suffit pas si elle n'entraîne pas une amélioration visible des revenus et de l'emploi. Les prochains exercices budgétaires et la capacité à déclencher une demande privée durable seront déterminants pour que la reprise devienne inclusive.