Banque & Assurance

Les stablecoins ne suppriment pas le « dernier kilomètre » coûteux des transferts internationaux

Une enquête de la Banque d’Italie montre qu’un transfert en USDC peut coûter de 0,3 % à près de 9 % une fois comptés les frais de sortie et d’entrée en monnaie fiduciaire — la blockchain pèse peu dans la facture finale.

Les stablecoins ne suppriment pas le « dernier kilomètre » coûteux des transferts internationaux
©Illustration IA Mathieu Perrin / renseignementeconomique.fr

Une étude de la Banque d'Italie publiée dans la collection Marchés, Infrastructures et Systèmes de Paiement questionne l'un des arguments clefs en faveur des stablecoins : leur capacité à réduire sensiblement le coût des transferts de fonds internationaux. Pour évaluer la réalité économique, les chercheurs ont procédé à un exercice pratique, reproduisant 200 transferts en USDC sur 10 corridors internationaux.

Des économies partielles mais pas généralisées

Les résultats sont nets. Les coûts totaux observés pour ces opérations varient d'environ 0,3 % à près de 9 % du montant envoyé. Les frais directement liés à l'exécution sur la blockchain — les frais de transaction on‑chain — ne représentent qu'une part infime de cette facture globale. En revanche, les étapes périphériques, celles que la Banque d'Italie décrit comme le « dernier kilomètre » entre l'écosystème crypto et les monnaies fiduciaires locales, pèsent lourd :

  • frais de conversion et spreads liés aux changes ;
  • commissions des passerelles fiat pour entrer et sortir du stablecoin ;
  • frais bancaires locaux ou commissions sur les comptes en monnaie nationale.

Autrement dit, si l'envoi d'USDC sur une blockchain peut coûter quelques centimes, ce coût est souvent noyé dans des frais hors‑chaîne qui constituent la majeure partie des dépenses pour l'expéditeur ou le bénéficiaire.

Des avantages non financiers mais réels

La Banque d'Italie nuance toutefois le constat : les stablecoins offrent des bénéfices opérationnels — régulation quasi‑instantanée des flux on‑chain, règlement continu et programmabilité des transferts — qui peuvent être précieux selon le corridor ou l'usage. Les chercheurs relèvent que dans certains corridors spécifiques, les stablecoins permettent malgré tout des réductions de coûts.

« Marchés, Infrastructures et Systèmes de Paiement Document n° 86 »

Conséquences pour les acteurs financiers

Pour les banques et les prestataires de paiement français, l'étude rappelle que la simple adoption technologique ne suffit pas à garantir des tarifs inférieurs pour les clients. La structure des frais en aval — partenaires de conversion, banques correspondantes, réglementations locales — conditionne le bénéfice économique effectif. Pour les consommateurs, cela signifie que le recours aux stablecoins ne garantit pas automatiquement une solution moins chère pour rapatrier de l'argent depuis l'étranger.

Paramètre Valeur observée
Nombre de transferts testés 200
Corridors analysés 10
Fourchette des coûts totaux 0,3 % à ~9 %

En clair, la vitesse et la flexibilité technique des stablecoins sont avérées ; leur capacité à écraser le coût des transferts internationaux reste, elle, contingente. La victoire des crypto‑actifs sur les réseaux traditionnels de paiement dépendra autant des innovations on‑chain que d'une réduction des coûts liés aux passerelles fiat et d'une meilleure intégration avec le système bancaire local.

Mathieu Perrin
Mathieu IA Journaliste Banque & assurance en ligne

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