Une communication devenue indispensable — et dangereuse
Les agricultrices et agriculteurs investissent massivement Facebook, Instagram et TikTok pour rétablir le lien avec les consommateurs, contrer la désinformation et développer des débouchés commerciaux. Mais cette exposition publique s'accompagne d'une hausse des insultes, de la cyberintimidation et, dans certains cas, de menaces explicites qui mettent à l'épreuve leur capacité à poursuivre cette stratégie.
Le cas concret : Mylène Bégin
Productrice laitière à Palmarolle (Abitibi), Mylène Bégin illustre le phénomène. Quatrième génération sur la ferme familiale et première femme copropriétaire, elle a vu son profil public s'accroître : visibilité médiatique, puis réactions massives en ligne. Des publications anodines — comme une photo d'elle avec un veau — ont provoqué une cascade de commentaires hostiles. Le passage au numérique a parfois signifié des nuits blanches et un filtrage intensif des messages.
«Ça vaut la peine de se tenir debout.»
Malgré la pression, elle a choisi de ne pas se retirer des réseaux sociaux. Aujourd'hui, sa présence dépasse plusieurs canaux et audiences : près de 80 000 abonnés sur TikTok, environ 10 000 sur Facebook et plus de 30 000 sur Instagram. Cette audience lui permet d'éduquer le public, de vendre ses produits et de combattre les idées reçues sur l'élevage.
Menaces, réactions et réponses institutionnelles
Parmi les agressions numériques, certaines ont franchi le seuil pénal. Les forces de l'ordre ont dû intervenir : la police locale, soutenue par un service municipal, a identifié et confronté une personne ayant proféré des menaces visant la productrice. Cet épisode montre que la violence en ligne peut entraîner des démarches concrètes de la part des autorités, mais aussi un coût psychologique et opérationnel pour les exploitants.
- Objectif des agriculteurs : informer et vendre via des formats accessibles.
- Risque : menaces et cyberharcèlement devenant récurrents.
- Conséquence : nécessité d'une modération active et d'un accompagnement juridique/psychologique.
Ce que cela signifie pour le secteur
La détermination des agricultrices à rester actives en ligne révèle un basculement structurel : la communication directe avec le consommateur est désormais un levier commercial et pédagogique incontournable. En contrepartie, le secteur doit internaliser de nouvelles charges : temps de modération, formation à la gestion de crise numérique, et recours à des procédures légales quand les attaques dépassent le cadre du débat public.
| Plateforme | Audience citée |
|---|---|
| TikTok | ~80 000 |
| ~10 000 | |
| ~30 000 |
Perspectives et recommandations
Pour les acteurs publics et les organisations professionnelles, les enseignements sont clairs : il faut soutenir les producteurs exposés par l'accès à des ressources (conseils en communication, modération, assistance juridique) et renforcer les dispositifs de signalement sur les plateformes. Sans accompagnement, la tentation d'abandonner ces canaux essentiels pourrait fragiliser le lien direct entre producteurs et consommateurs au bénéfice d'une information moins contrôlée.
La trajectoire de Mylène Bégin montre enfin que la résilience individuelle peut devenir un acte collectif : en choisissant de répondre plutôt que de se retirer, ces agricultrices imposent leur voix au débat public et contribuent à redéfinir les règles de la conversation agricole en ligne.