Une requête publique contre les marges de la grande distribution
La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a interpellé la multinationale Massy Group lors de la 51e Conférence des dirigeants de la CARICOM, en demandant à l’enseigne de réduire de façon significative ses bénéfices réalisés sur le marché barbadien. La prise de parole, adressée aux responsables du secteur privé présents, met en lumière un choc entre performance financière des enseignes et pouvoir d'achat des ménages.
Selon les chiffres cités par la cheffe du gouvernement pour l’exercice fiscal 2025, Massy Group a dégagé 49 millions de dollars de bénéfice à la Barbade. Mia Mottley a estimé que ce niveau de résultat n’était pas compatible avec la situation des consommateurs locaux, et que le groupe aurait pu se contenter d’un bénéfice moindre sans nuire à son activité.
« Il n'y a aucune justification pour que Massy Group gagne 49 millions de dollars à Barbade or la classe moyenne ne peut pas acheter de la nourriture. Massy aurait pu réaliser 20 millions de dollars de bénéfices et il serait tout aussi bien lotis. Ainsi 29 millions de dollars auraient été laissés dans les poches des consommateurs qui aujourd’hui doivent décider s'ils peuvent manger ou pas. »
Proposition concrète : un "bouclier des prix"
Mia Mottley a proposé la mise en place d’un bouclier de prix visant à protéger les produits de première nécessité : denrées alimentaires, produits sanitaires et articles d’entretien. Elle a évoqué la possibilité d’un accord ciblé autour de 30 à 40 produits essentiels à plafonner ou à stabiliser pour soulager les ménages.
Elle a également appelé à une action collective des États membres de la CARICOM afin d’exercer une pression commune sur les distributeurs implantés dans plusieurs îles, estimant que la solidarité régionale était la condition pour faire baisser les prix.
Un acteur visé présent dans plusieurs pays
Massy Group détient des centres commerciaux et des activités dans plusieurs États de la région. Le reportage mentionne sa présence à la Barbade, Sainte-Lucie, le Guyana, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et à Trinidad-et-Tobago, où se trouve son siège, ainsi que des intérêts aux États-Unis.
| Pays cités | Présence de Massy |
|---|---|
| Barbade | Centres commerciaux |
| Sainte-Lucie | Centres commerciaux |
| Guyana | Centres commerciaux |
| Saint-Vincent-et-les-Grenadines | Centres commerciaux |
| Trinidad-et-Tobago | Siège et centres commerciaux |
Impacts attendus et questions en suspens
Si la demande de Mia Mottley vise à rendre plus accessibles des biens de première nécessité, sa mise en œuvre pose plusieurs questions pratiques : qui déciderait des produits couverts, comment compenserait-on une réduction de marge pour les distributeurs, et quel mécanisme juridique ou réglementaire permettrait d’imposer un tel bouclier de prix ?
- Pour les ménages : l’objectif est clair — laisser davantage de pouvoir d’achat aux classes moyennes et aux plus vulnérables confrontés à la hausse des prix.
- Pour les distributeurs : les entreprises ciblées devront justifier leurs politiques commerciales ou négocier des accords avec les États et les réseaux régionaux.
- Pour les États de la CARICOM : la coordination apparaît comme la principale stratégie pour peser face à des groupes implantés dans plusieurs juridictions.
Le discours de Mia Mottley, bien qu'adressé à un groupe précis, soulève un débat plus large sur la régulation des prix et la responsabilité sociale des acteurs de la chaîne alimentaire, particulièrement sensible dans des économies insulaires où l'importation pèse lourd sur les coûts. La suite dépendra des réponses du secteur privé et des initiatives politiques au niveau régional.
Concrètement, pour un foyer, l’enjeu est simple : si des marges considérables sont comprimées et réinjectées sous forme de prix plus bas, cela peut signifier plusieurs dizaines d'euros d'économies par mois sur le panier alimentaire d'une famille, et améliorer la capacité à couvrir d'autres dépenses essentielles. Reste à transformer cette intention en mesures opérationnelles.