Transformation rapide des centres de minage en datacenters pour l'IA
Les hangars qui abritaient autrefois des rigs de minage de Bitcoin voient leurs racks progressivement remplis de cartes graphiques Nvidia et d'infrastructures destinées à l'intelligence artificielle. Ce mouvement, amorcé depuis deux ans, a accéléré au printemps et se traduit aujourd'hui par des résultats financiers concrets chez plusieurs acteurs cotés.
Dans une note publiée le 30 mars, le gestionnaire CoinShares a avancé une projection audacieuse : les sociétés issues du minage pourraient tirer jusqu'à 70 % de leurs revenus de l'IA et du calcul haute performance d'ici fin 2026, contre environ 30 % au début de l'année. Cinq mois plus tard, certains opérateurs affichent des bascules déjà bien engagées.
« pourraient tirer jusqu’à 70 % de leurs revenus de l’IA et du calcul haute performance d’ici la fin 2026, contre environ 30 % au début de l’année »
Chiffres récents : l'IA pèse déjà lourd dans les comptes
Les publications trimestrielles illustrent la réalité du changement :
- Core Scientific a déclaré 136,7 millions de dollars de revenus provenant de l'hébergement haute densité au deuxième trimestre, soit 83 % de son chiffre d'affaires ; le minage ne représentait plus que 27,5 millions.
- TeraWulf a enregistré 31,9 millions de dollars de revenus liés à la location de capacité de calcul, représentant 71 % de ses produits, tandis que le bitcoin ne générait que 12,8 millions.
- Riot a commencé à diversifier ses activités avec 23,2 millions de dollars de revenus data center et a signé, le 11 août, un bail de 20 ans avec Anthropic évalué à 9,1 milliards de dollars.
| Société | Revenus IA / hébergement (T2) | Part du CA | Revenu minage (T2) |
|---|---|---|---|
| Core Scientific | 136,7 M$ | 83 % | 27,5 M$ |
| TeraWulf | 31,9 M$ | 71 % | 12,8 M$ |
| Riot | 23,2 M$ | — | — |
Pourquoi ce basculement ?
Le mécanisme central est le hashprice, c’est‑à‑dire le revenu quotidien qu’un mineur retire d’une unité de calcul dédiée au minage. Avec la baisse structurelle de ce revenu et la hausse spectaculaire de la demande pour des services d’IA, l'arbitrage devient simple : convertir des fermes énergivores en centres de calcul haute densité offre des marges souvent supérieures et des contrats pluriannuels stabilisant le chiffre d'affaires.
Autre facteur : les contrats d'électricité à bas coût et les bâtiments déjà disponibles offrent un coût d'entrée réduit pour se repositionner. Les acteurs qui possèdent une infrastructure massive et un accès direct à l'énergie gagnent un avantage compétitif significatif.
Conséquences et risques
Cette reconversion est porteuse d'opportunités, mais soulève aussi des questions :
- Impact sur le réseau électrique local et pressions réglementaires liées à la consommation énergétique.
- Dépendance accrue aux fournisseurs de cartes graphiques et aux modèles économiques des entreprises d'IA.
- Réévaluation du profil de risque des sociétés de minage pour les investisseurs, qui voient l'activité historique se réduire au profit de contrats d'hébergement long terme.
Sur le plan spéculatif, la projection de CoinShares sur 70 % reste une estimation : elle s'appuie sur la trajectoire actuelle mais dépendra de l'évolution du hashprice, des prix des composants et de la demande en IA. Les données du deuxième trimestre montrent cependant que la tendance s'installe et que la mutation peut être plus rapide que prévu.
En synthèse, le monde du minage ne se contente plus de suivre le cours du Bitcoin : il se réarme pour capter une part croissante du marché du calcul intensif. Pour les observateurs français, ce mouvement invite à surveiller les implications industrielles et énergétiques, ainsi que la manière dont les régulateurs et les marchés financiers ajusteront leur regard sur ces acteurs désormais hybrides.