Un « répétition générale » annulée
Les équipes en charge du protocole Ethereum ont décidé d'annuler l'activation prévue de la mise à jour baptisée Glamsterdam sur Hoodi, le réseau de test servant de simulation avant le passage sur le mainnet. Aucune nouvelle date n'a été communiquée. La manoeuvre traduit une prudence renforcée après l'identification de comportements inattendus liés à la refonte de la comptabilité du gas proposée par l'EIP‑8037.
Pourquoi l'EIP‑8037 inquiète
L'EIP‑8037 modifie la façon dont Ethereum facture l'espace d'état — c'est‑à‑dire les données permanentes conservées par chaque nœud. Concrètement, le texte fixe le coût à 1 530 unités de gas par octet d'état créé, avec pour objectif un taux de croissance ciblé autour de 120 Gio par an et une limite de 150 millions de gas par bloc.
Ces ajustements se traduisent par des hausses marquées des coûts de certaines opérations : écrire dans un emplacement de stockage vierge passerait de 20 000 à 97 920 unités de gas, et la création d'un compte de 25 000 à 183 600. Une réserve spécifique, le réservoir de gas d'état, sera affectée transaction par transaction et accompagnera les appels inter‑contrats dans leur intégralité, contrairement au gas d'exécution où la règle dite des 63/64 conserve au moins 1/64 du gas au contrat appelant.
Des contrats pris au dépourvu
Le cabinet d'audit ChainSecurity a publié un bilan indiquant avoir repéré 13 contrats en production dont les mécanismes de gestion d'erreur pourraient être détournés avec le nouveau mode de comptage. Beaucoup d'applications DeFi s'appuient sur des séquences d'appels entre contrats qui capturent une erreur puis poursuivent l'exécution ; la nouvelle logique du gas d'état change la portée et le remboursement du gas, ouvrant potentiellement des vecteurs d'abus.
- Hoodi ne recevra pas Glamsterdam le 26 octobre et le relèvement prévu du plafond de gas à 200 millions par bloc est également gelé.
- ChainSecurity a identifié 13 cas concrets susceptibles d'affecter des contrats en production.
- Les changements de tarification s'appliquent au gas d'état : 1 530 unités par octet et des coûts multipliés jusqu'à près de 8 fois pour certaines opérations.
Conséquences techniques et économiques
Sur le plan technique, la mise en pause permet d'éviter un déploiement qui pourrait provoquer des incidents sur des services en production. Sur le plan économique, ces modifications redistribuent les coûts entre opérations : certaines écritures deviendront beaucoup plus onéreuses, d'autres actions bénéficieront d'un remboursement immédiat lorsque de l'état libéré intervient dans la même transaction. Pour les acteurs du marché — développeurs, plateformes DeFi, portefeuilles — il s'agit de mesurer l'impact sur les modèles économiques et la sécurité.
| Opération | Coût actuel (gas) | Coût selon EIP‑8037 (gas) |
|---|---|---|
| Écriture d'un octet d'état (par octet) | — | 1 530 |
| Écriture dans emplacement vierge | 20 000 | 97 920 |
| Création de compte | 25 000 | 183 600 |
| Limite gas par bloc (visée) | — | 150 000 000 |
Ce qui reste incertain
Les core developers ont choisi d'interrompre la marche en avant pour quantifier précisément les effets sur des contrats déjà déployés. Il n'est pas certain que toutes les vulnérabilités identifiées par ChainSecurity exposent réellement des fonds ; certaines anomalies peuvent relever d'un mauvais alignement entre hypothèses anciennes et nouvelle comptabilité. Reste que l'existence de 13 cas concrets suffit à justifier la prudence, d'autant que des plateformes critiques s'appuient sur des interactions complexes entre contrats.
En filigrane se pose la question de l'équilibre entre lutte contre la croissance ininterrompue de l'état d'Ethereum et stabilité des contrats existants. La décision prise aujourd'hui illustre la difficulté de faire évoluer un réseau d'infrastructure hébergeant une économie réelle, où chaque modification technique peut peser sur des modèles économiques et des garanties de sécurité.