Un engagement global élevé… et un angle mort persistant
Selon une publication conjointe de l’Insee et de la Dares, la France a consacré en 2023 l’équivalent de 2,5 % du PIB aux politiques publiques en faveur des personnes en difficulté sur le marché du travail, soit la part la plus élevée parmi les pays européens, et 1 point au-dessus de la moyenne de l’Union. Dans ce total, la part dédiée à l’emploi des personnes handicapées reste toutefois limitée à 0,1 % du PIB.
Ce que cela recouvre pour les salariés et demandeurs d’emploi
Les dépenses se répartissent entre soutien au revenu (indemnisation, assistance chômage, activité partielle), mesures actives (formation, expériences en situation de travail) et service public de l’emploi. Pour un salarié, cela se traduit par la sécurisation d’un revenu en période de transition; pour un demandeur d’emploi, par des dispositifs de formation et d’accompagnement renforcés, notamment via des parcours qualifiants.
| Poste de dépense | Poids dans le PIB (France) |
|---|---|
| Soutien au revenu | 1,7 % |
| Mesures actives (employabilité) | 0,5 % |
| Service public de l’emploi | 0,2 % |
| Emploi des personnes handicapées | 0,1 % |
Formation: un choix assumé par rapport à l’Europe
Sur la période récente, les mesures d’employabilité ont progressé de 7 % en France, alors qu’elles reculent en moyenne de 2 % en Europe. L’effort de formation professionnelle se distingue particulièrement: 0,3 % du PIB y est consacré, contre 0,1 % en moyenne européenne. Concrètement, cela signifie davantage de places, de budgets pédagogiques et d’ingénierie de parcours pour obtenir une certification ou acquérir une expérience professionnelle reconnue.
Moins d’indemnisation, chômage en baisse: l’impact sur le pouvoir d’achat
Les dépenses de soutien au revenu ont diminué de 0,3 point de PIB entre 2019 et 2023 en France, quand l’Espagne les voyait augmenter de 0,2 point. Cette baisse française s’explique par une moindre indemnisation et par un reflux du chômage. Pour les ménages concernés, l’enjeu est double: des droits potentiellement plus courts ou plus stricts, et la nécessité de s’orienter plus vite vers les dispositifs d’activation par la formation.
Handicap: 0,1% du PIB, un signal faible pour l’inclusion
Le contraste est net: malgré un effort global élevé, la part dédiée à l’emploi des personnes en situation de handicap plafonne à 0,1 % du PIB. Pour les candidats concernés, cela peut se traduire par des parcours plus difficiles: accès restreint à des aménagements de poste, à des aides techniques, à l’accompagnement spécialisé ou à des passerelles emploi-formation ciblées. Pour les employeurs, le signal budgétaire interroge sur la capacité à adapter les postes, outiller les RH et intensifier la prospection de profils, alors même que de nombreux secteurs peinent à recruter.
Service public de l’emploi et performance par chômeur
Les dépenses liées au service public de l’emploi (France Travail, missions locales) représentent 0,2 % du PIB. Par ailleurs, la France se situe au 10e rang pour les dépenses par chômeur au sens du BIT. Cette position intermédiaire, malgré un niveau total élevé, pose une question d’efficience: comment transformer un effort agrégé en résultats tangibles pour chaque personne accompagnée?
Ce qui change pour les entreprises
- Disponibilité accrue de talents formés via des dispositifs de montée en compétence.
- Incitation à investir dans l’inclusion et l’adaptation des postes, au-delà des obligations légales, au vu du faible ciblage budgétaire sur le handicap.
- Nécessité d’articuler plus finement recrutement, formation et aménagements pour sécuriser les embauches et réduire le turn-over.
Un arbitrage à clarifier
Le choix français d’un fort investissement dans la formation nourrit l’employabilité à moyen terme. Reste un angle mort: l’accès à l’emploi des personnes handicapées. À politique constante, le risque est de laisser perdurer des obstacles structurels (accès aux dispositifs adaptés, accompagnement intensif, équipements) alors même que l’économie a besoin de compétences. L’enjeu des prochains mois sera de transformer l’effort global en gains concrets pour celles et ceux qui restent le plus éloignés de l’emploi.