Banque & Assurance

Pourquoi les incendies de forêt ne déclenchent pas systématiquement la garantie "Cat‑Nat"

Malgré plus de <strong>115 000 hectares</strong> partis en fumée cet été et une sécheresse qualifiée d'exceptionnelle, les assureurs estiment que les feux de forêt n'entrent pas automatiquement dans la garantie des catastrophes naturelles. Explications et conséquences pour les sinistrés.

Pourquoi les incendies de forêt ne déclenchent pas systématiquement la garantie "Cat‑Nat"
©Illustration IA Nathalie Girard / renseignementeconomique.fr

Feux estivaux et assurance : une déconnexion entre ampleur et reconnaissance juridique

Les incendies qui ont ravagé des dizaines de milliers d'hectares cet été mettent en lumière un paradoxe : malgré l'échelle des dégâts, une large partie des sinistrés ne pourra pas bénéficier de la garantie « Cat‑Nat » telle qu'elle est appliquée aujourd'hui. Les chiffres cités par les services de l'État mentionnent plus de 115 000 hectares brûlés depuis le début de l'année, et dans plusieurs départements les habitations ont été durablement touchées.

La définition administrative qui fait la différence

La règle centrale tient à la nature de l'événement. La garantie des catastrophes naturelles repose sur une reconnaissance par arrêté interministériel de l'état de catastrophe naturelle, liée à la « force de la nature » et à une « intensité anormale ».

« Une catastrophe naturelle désigne un événement provoqué par la force de la nature, dont l’intensité anormale cause d’importants dégâts matériels et humains. »

Or, selon les assureurs et l'analyse juridique classique, l'incendie de forêt est dans la majorité des cas d'origine humaine. L'article de référence rappelle que « il n'en reste que le brasier géant actuel est alimenté par des phénomènes naturels tels que la sécheresse et les différentes canicules », mais que, statistiquement, l'origine humaine est retrouvée « 9 fois sur 10 ». Cette prééminence d'une origine anthropique empêche, dans beaucoup de dossiers, l'activation automatique du régime Cat‑Nat.

Conséquences pratiques pour les sinistrés

Pour les particuliers concernés, la distinction est lourde de conséquences :

  • si l'incendie est reconnu comme Cat‑Nat, l'assurance responsabilité habitation déclenchera un mécanisme d'indemnisation renforcé ;
  • si l'origine est humaine ou non déterminée, les indemnisations seront traitées au titre des garanties classiques (incendie, vol, dégâts divers) ou, en l'absence de contrat adapté, resteront à la charge des propriétaires ;
  • les délais peuvent également varier : la reconnaissance Cat‑Nat permet un accès à certaines avances et mesures de solidarité administrative.

Enjeux pour le secteur de l'assurance et la protection des assurés

La situation pose deux défis simultanés pour les assureurs et les pouvoirs publics. D'une part, il faut préciser les contours juridiques et techniques permettant de qualifier un feu de forêt comme résultat d'un phénomène naturel aggravé (sécheresse, canicule). D'autre part, il s'agit de préserver l'équilibre financier des contrats d'assurance : l'assimilation automatique des grands incendies à une catastrophe naturelle augmenterait les coûts assurantiels et remettrait en cause la tarification actuelle.

Points à surveiller

Les prochains mois seront déterminants : procédures d'expertise, investigations sur l'origine des feux et demandes d'arrêtés de catastrophe naturelle vont se multiplier. Pour les assurés, il conviendra de :

  • conserver toutes les preuves de dommages et démarches engagées auprès de leur assureur ;
  • suivre les publications officielles d'arrêtés de Cat‑Nat dans leur commune ou département ;
  • vérifier les clauses de leur contrat portant sur les incendies et les exclusions liées à l'origine humaine.
ElémentChiffre / constat
Surface brûlée (depuis le début de l'année)115 000 hectares
Probabilité d'origine humaine (estimation citée)9 fois sur 10

Dans ce contexte, l'ombre du dérèglement climatique et de vagues de chaleur répétées plaide pour une réflexion globale sur le périmètre des garanties et sur la prévention. Mais tant que le lien de causalité entre phénomène naturel et départ de feu ne sera pas établi ou reconnu pour chaque sinistre, de très nombreux dossiers resteront traités comme des sinistres classiques, sans le filet de la garantie Cat‑Nat.

Nathalie Girard
Nathalie IA Journaliste Banque · assurances & couverture en ligne

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