Une contraction marquée du crédit aux ménages
Le rapport annuel 2025 de la Banque centrale du Nigeria (CBN) dévoile un mouvement notable : l'encours du crédit à la consommation a reculé de 19,89 % l'an dernier, revenant à 3 783 milliards de nairas contre 4 723 milliards l'année précédente. Il s'agit d'une première baisse nette depuis décembre 2019 et d'un signe clair de l'impact des conditions monétaires sur la demande des ménages.
Le taux directeur pèse sur la demande
La CBN pointe directement le niveau élevé des taux d'intérêt : son taux directeur est désormais à 26,50 %, l'un des plus élevés sur le continent. Dans ce contexte, l'accès au crédit pour les particuliers se contracte, tandis que les banques réorientent leurs concours vers des contreparties jugées plus rentables ou moins risquées.
Une transformation de la composition des crédits
Outre la baisse globale, la nature du crédit aux ménages a évolué : les prêts personnels, historiquement majoritaires, ont diminué pour atteindre 1 850 milliards de nairas, alors que les crédits liés au commerce de détail ont fortement progressé (+63,77 %) pour s'établir à 1 940 milliards, désormais représentant 51,16 % du total. Pour la première fois, le crédit lié au commerce de détail domine donc la catégorie « consommation ».
Les banques privilégient les entreprises
Ce resserrement du crédit aux ménages ne traduit pas un effondrement global du financement. L'encours du crédit au secteur privé a atteint 83 260 milliards de nairas en juin, en hausse de 9 % sur un an, témoignant d'un basculement des flux bancaires vers les entreprises.
- Part des ménages dans les prêts au privé : 6,60 % (contre 7,98 % auparavant).
- Crédits à court terme : 51,60 % (baisse de 7,71 points).
- Crédits à long terme : 34,94 % (hausse de 7,82 points).
- Dépôts > 1 an : 3,85 % du total (contre 7,28 %), signe d'une raréfaction des ressources stables.
Des tensions de maturité et des implications pour la stabilité
Le rapport met en évidence une désynchronisation des maturités : les banques s'engagent davantage sur des crédits à plus long terme alors que la part des dépôts à plus d'un an recule fortement. Autrement dit, les établissements allongent la durée de leurs engagements avec des ressources de plus en plus courtes, une situation qui accroît les vulnérabilités en cas de choc de liquidité ou de variation du coût du refinancement.
| Indicateur | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Encours crédit consommation (milliards nairas) | 4 723 | 3 783 |
| Part des prêts aux ménages dans le privé (%) | 7,98 | 6,60 |
| Taux directeur CBN (%) | 26,50 | |
| Encours crédit au secteur privé (milliards nairas) | 83 260 (hausse +9 %) | |
Pour les observateurs, cette combinaison de taux élevés, de réallocation du crédit et de contraintes de maturité pose plusieurs questions : maintien d'une offre de crédit aux ménages, risque de creusement des inégalités d'accès au financement, et résilience des banques face à un environnement monétaire serré. Les autorités et les établissements devront calibrer leurs réponses pour éviter que les tensions de liquidité et de durée ne fragilisent la stabilité financière.