Une sortie des droits qui bascule les allocataires vers l’aide sociale
La réduction de la durée des allocations de chômage, portée par le gouvernement Arizona, commence à produire des effets tangibles : sur la première moitié de 2026, 44 % des personnes arrivées en fin de droits ont obtenu un revenu d’intégration via les CPAS, selon le bilan du Service public fédéral de programmation Intégration sociale.
Sur la période janvier-juin 2026, 87.788 personnes sont arrivées en fin de droit aux allocations de chômage et 11.356 en fin de droit aux allocations d’insertion. Parmi elles, respectivement 45 % et 36,4 % ont basculé vers le revenu d’intégration : un taux de report global vers les CPAS de 44 %. Ces transferts révèlent que la promesse d’un « retour rapide à l’emploi » ne se matérialise pas uniformément pour les personnes privées de leurs allocations.
Des territoires inégalement touchés
La répartition régionale met en évidence des disparités marquées. La Wallonie affiche le taux de report le plus élevé : 48,8 % des exclus ont obtenu un revenu d’intégration (23.542 personnes sur 48.402). À Bruxelles, 11.843 des 26.990 exclus ont accédé au revenu d’intégration, soit 43,9 %. La Flandre présente le taux le plus faible, avec 34,3 % (8.016 sur 23.367). La Communauté germanophone enregistre le taux le plus élevé, à 55,1 %.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Arrivées en fin de droit (chômage) | 87.788 |
| Arrivées en fin de droit (insertion) | 11.356 |
| Taux de report global vers CPAS | 44 % |
| Wallonie (taux de report) | 48,8 % |
| Bruxelles (taux de report) | 43,9 % |
| Flandre (taux de report) | 34,3 % |
| Communauté germanophone (taux) | 55,1 % |
Ce que cela change pour les allocataires, les CPAS et le marché du travail
Le basculement vers les CPAS traduit d’abord une fragilisation des parcours : une part significative de ceux qui sortent du régime d’assurance-chômage ne retrouvent pas un emploi stable ni d’autres ressources suffisantes. Pour les travailleurs sociaux, cela signifie une hausse rapide des demandes d’intervention, au moment où les capacités d’accueil sont souvent déjà sollicitées.
Pour les demandeurs d’emploi, la conséquence immédiate est la perte d’un filet de revenus stable lié au statut de chômeur indemnisé et l’entrée dans un dispositif d’aide sociale dont les montants et conditions diffèrent. Pour le marché du travail, l’effet attendu par le gouvernement — une accélération des retours à l’emploi — n’est pas homogène ; une partie des exclus dépendra durablement d’aides sociales si elles n’accèdent pas à des emplois suffisants ou à des dispositifs de réinsertion efficaces.
Des estimations gouvernementales remises en cause
Le gouvernement avait envisagé qu’un tiers des exclus se tournerait vers les CPAS (33 %), un autre tiers retrouverait un emploi et le reste disposerait d’autres ressources. Le chiffre mesuré de 44 % montre que la réalité dépasse cette estimation et que les effets de la réforme sont plus complexes : la transition entre « fin de droits » et « retour à l’emploi » n’est pas mécanique et dépend fortement du contexte régional et des profils des allocataires.
En pratique : quelles réponses ?
- Renforcer les services d’accompagnement vers l’emploi pour éviter le basculement durable vers la pauvreté.
- Adapter les moyens des CPAS face à l’augmentation des demandes de revenu d’intégration.
- Suivre finement les trajectoires locales afin d’ajuster les mesures de formation et d’insertion professionnelle.
Les prochains mois permettront de savoir si ces chiffres constituent un phénomène transitoire lié à l’entrée en vigueur de la réforme ou le signe d’un changement structurel : pour les personnes concernées, l’enjeu est immédiat — maintenir un revenu et un accompagnement —; pour les pouvoirs publics, il faut adapter les dispositifs pour transformer l’objectif affiché en retours effectifs à l’emploi.