Les primes creusent l’écart entre salaire et retraite
La part des primes dans le revenu des agents publics a progressé au cours de la dernière décennie et atteint désormais 25 % de leur salaire moyen, contre 20 % en 2015. C’est ce que révèle un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale de l’administration (IGA), publié fin juillet. L’étude recense 543 primes en vigueur en 2025, contre 628 en 2015.
Ce phénomène a une conséquence concrète pour les fonctionnaires : une part importante de leur rémunération ne contribue pas au calcul de leur pension. Or, lorsque ces éléments variables représentent un montant significatif du revenu, la conversion en droits à la retraite peut aboutir à une baisse notable des ressources lors du départ à la retraite.
Rationaliser pour réduire les coûts et les inégalités
Les auteurs du rapport recommandent de rationaliser et d’homogénéiser le système indemnitaire. Ils ciblent plusieurs axes d’intervention :
- supprimer ou fusionner les primes peu utilisées ou de faible montant ;
- revoir les dispositifs anciens et imposer qu’une nouvelle prime n’apparaisse qu’au prix de la suppression d’une autre ;
- concentrer l’effort sur les primes ayant un réel effet d’incitation ou de compensation.
Le rapport met en évidence des anomalies précises : 22 primes représentent en moyenne moins de 100 € par an et par agent, et près de 200 primes ne concernent qu’une centaine d’agents chacune. Au total, le coût annuel des primes atteint environ 19 milliards d’euros.
« rationaliser et d'homogénéiser »
Des primes controversées pointées du doigt
Parmi les dispositifs critiqués, l’étude cite en exemple l’indemnité de résidence à l’étranger (IRE), dont les dépenses ont augmenté de 19 % en quatre ans. Les auteurs estiment que certaines indemnités ont une efficacité discutable au regard des objectifs poursuivis et des coûts de gestion qu’elles engendrent.
Ce que cela signifie pour les agents et les retraites
Concrètement, un agent pour qui les primes constituent une part élevée de la rémunération verra sa pension calculée sur une assiette plus faible si ces primes ne sont pas intégrées ou valorisées. Cela peut créer des écarts importants entre « salaire perçu » et « pension attendue », en particulier pour les agents dont les primes représentent entre 15 % et 40 % du salaire, tranche mentionnée par le rapport pour certains titulaires.
Les recommandations de l’IGF et de l’IGA visent à réduire les coûts administratifs et à limiter des dispositifs coûteux et faiblement utiles. Elles ouvrent la voie à des arbitrages budgétaires et à des discussions avec les organisations syndicales, qui seront nécessaires si le gouvernement souhaite mettre en œuvre ces préconisations.
| Indicateur | 2015 | 2025 |
|---|---|---|
| Nombre de primes | 628 | 543 |
| Part des primes dans le salaire | 20 % | 25 % |
| Coût annuel total | 19 milliards d’euros (2025) | |
La mise en œuvre de réformes recommandées nécessitera un travail de hiérarchisation des primes, une simplification administrative et des décisions politiques sur l’équité entre agents. À défaut, le décalage entre rémunération effective et droits à la retraite continuera d’alimenter des pertes de pouvoir d’achat au moment du départ en retraite pour une part importante des fonctionnaires.