Qonto change de tempo : moins de volume, plus de valeur
Qonto, la néobanque devenue un symbole de la fintech française, confirme un tournant stratégique : après plusieurs années de croissance rapide, l'entreprise admet adopter une trajectoire plus mesurée. Le groupe revendique désormais 750 000 clients et un effectif d'environ 1 700 salariés, des niveaux inférieurs aux objectifs ambitieux fixés début 2022 — 1 million de clients et 2 000 collaborateurs.
Interrogée lors de l'inauguration des nouveaux locaux parisiens, la directrice générale pour l'Europe de l'Ouest, Philippine Rougevin-Baville, a expliqué que l'entreprise ne cherchait plus « la course à l'hypercroissance absolue » et privilégiait désormais la monétisation et l'extension de l'offre auprès des clients existants, ainsi que le développement vers des entreprises de taille plus importante.
"On ne va pas à la course à l'hypercroissance absolue, ce n'est plus notre objectif"
Ce repositionnement comporte plusieurs implications : Qonto veut vendre « plus de produits » à sa base cliente — ce qui suppose d'améliorer le taux d'équipement par client — et cibler des sociétés de taille intermédiaire, moins nombreuses mais générant des volumes et marges supérieurs. Le groupe se dit par ailleurs rentable et assure disposer des capitaux nécessaires pour poursuivre son développement sans lever des fonds à court terme. Sur ce point, la direction a fermé la porte à une introduction en Bourse imminente.
Un historique d'expansion sélective
Créée en 2017, Qonto a connu une croissance spectaculaire, notamment grâce à une méga-levée de 486 millions d'euros début 2022 qui lui avait conféré une valorisation de 4,4 milliards d'euros. L'entreprise s'est ensuite étendue à l'étranger — elle est présente dans huit pays — et a réalisé des acquisitions ciblées : l'achat du fournisseur allemand Penta et de l'acteur français Regate, spécialisé auprès des experts-comptables.
Mais l'expansion n'a pas été linéaire : Qonto a dû suspendre pendant plus d'un an ses projets en Italie en raison de relations tendues avec le régulateur local, un rappel que l'internationalisation des néobanques reste soumise à la rigidité des cadres prudentionnels nationaux.
La licence bancaire française : un levier pour l'offre
Parmi les chantiers majeurs, Qonto a déposé au printemps 2025 une demande de licence bancaire en France auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Obtenir cet agrément permettrait d'élargir la gamme de produits, intégrer davantage de services de dépôt et de crédit, et réduire la dépendance à des partenaires bancaires pour certaines fonctionnalités.
La direction assure que "tous les voyants sont au vert" et que le dossier avance favorablement, sans pour autant fixer de calendrier public pour une réponse de l'ACPR. Si l'approbation se matérialisait, elle modifierait significativement le modèle économique de Qonto, en ouvrant de nouvelles sources de revenus mais aussi des obligations réglementaires accrues.
Questions et enjeux
- Monétisation vs. croissance : la priorité à la vente de produits existants teste la capacité de Qonto à augmenter la valeur client sans sacrifier sa base.
- Régulation et international : les incidents en Italie montrent que l'expansion européenne dépend fortement des relations avec les superviseurs locaux.
- Licence bancaire : un statut bancaire pourrait transformer l'offre, mais apporte coûts et contraintes supplémentaires.
Le nouveau tempo de Qonto illustre une tendance plus large chez certaines fintechs matures : après l'ère des levées massives, la priorité revient à la rentabilité, à la consolidation des acquis et à l'industrialisation des ventes de services. Pour une entreprise qui a longtemps été présentée comme la plus grosse licorne française, l'enjeu est désormais de prouver que la qualité de la croissance peut remplacer la quantité.