Un plan en 29 mesures pour élargir l’usage de l’électricité dans l’industrie
Remis au Premier ministre, le rapport du député Raphaël Schellenberger détaille vingt-neuf recommandations visant à accélérer l’électrification des procédés industriels français. L’objectif affiché est clair : substituer l’électricité aux énergies fossiles lorsque la technologie le permet, et lever les obstacles — financiers, réglementaires et de raccordement — qui freinent aujourd’hui les investissements.
Un gisement d’économies d’énergies fossiles, mais peu investi
Le diagnostic posé par l’auteur est chiffré : sur les 210 TWh consommés par l’industrie en 2021, seulement 15,3 TWh étaient d’origine électrique. Autrement dit, l’électrification industrielle stagne aux alentours de 37 % dans les usages où elle pourrait progresser, en particulier pour les procédés chauffants. Le rapport estime que jusqu’à la moitié des usages fossiles dans ces procédés pourraient être couverts par des solutions électriques disponibles aujourd’hui.
Priorités proposées : financement, aides et accompagnement
Plusieurs mesures visent à répondre à un problème récurrent : l’absence d’investissements côté industriels, malgré l’existence de technologies. Parmi les propositions concrètes :
- Créer un fonds de garantie porté par Bpifrance pour faciliter l’accès au crédit et le partage du risque;
- Promouvoir le tiers-financement (où le financeur opère et vend ensuite le service énergétique à l’industriel);
- Revoir les dispositifs d’aides publiques pour favoriser explicitement l’électrification plutôt que d’autres formes de soutien;
- Accompagner massivement les petites et moyennes entreprises : cible évoquée, 10 000 PME accompagnées via les chambres de commerce.
Raccordement et capacité réseau : la contrainte administrative plus que physique
Le rapport pointe également la contrainte du raccordement : environ 30 GW de puissance sont aujourd’hui demandés à RTE, un volume équivalent à trois fois la puissance actuellement utilisée par l’industrie. La croissance des demandes d’études est spectaculaire — de 260 en 2019 à plus de 5 300 en 2025 —, ce qui crée une file d’attente : des capacités sont bloquées par des projets qui ne sont pas encore matures. Le goulot d’étranglement est donc en grande partie administratif et procédural, selon le texte.
Enjeux concrets pour la facture et la compétitivité
Deux ordres de grandeurs doivent être gardés en tête : d’un côté, l’électrification peut réduire la dépendance aux combustibles importés et la facture carbone des entreprises; de l’autre, elle requiert des investissements lourds — pour les matériels, le raccordement et la flexibilité du réseau. Le rapport met en avant des solutions pour alléger le coût initial pour les industriels (garanties, tiers-financement) et pour mieux prioriser les projets matures dans le calendrier de raccordement.
Que peut faire l’Etat ?
Les recommandations tendent à une coordination renforcée entre finance publique (Bpifrance), régulation (tarifs, aides) et opérateurs du réseau (RTE). En pratique, cela suppose des arbitrages politiques : modifier les critères d’éligibilité des aides, ajuster les mécanismes fiscaux ou d’accise selon le mode de production et mettre en place des guichets dédiés pour accélérer les études et raccordements.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Consommation industrielle (2021) | 210 TWh |
| Electricité dans l’industrie (2021) | 15,3 TWh |
| Puissance demandée à RTE | 30 GW |
| Demandes d’études RTE | 260 (2019) → 5 300 (2025) |
Ces recommandations dessinent un cap opérationnel : il ne s’agit pas seulement de rappeler l’intérêt de l’électrification, mais d’enlever des verrous pratiques. Si le gouvernement devait retenir l’essentiel du plan, la France pourrait voir une accélération notable des projets d’électrification industrielle — à condition d’aligner financement, régulation et capacités de raccordement.