Des projections qui repoussent l'horizon de la retraite en Europe
Une étude fondée sur le rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) Panorama des pensions 2025 projette une hausse sensible de l'âge de départ à la retraite pour les générations entrées sur le marché du travail en 2024. Selon cette modélisation, la moyenne européenne se situerait autour de 66,7 ans pour les hommes et 66,6 ans pour les femmes à la fin des années 2060, soit un gain d'environ 2 ans pour les hommes et 2,6 ans pour les femmes par rapport à 2024.
« Panorama des pensions 2025 »
La méthode utilisée compare l'âge de départ observé en 2024 avec l'âge attendu pour des individus entrant sur le marché du travail à 22 ans en 2024, en supposant une carrière sans interruption. Ces projections portent sur 32 pays européens et situent la moyenne européenne vers 2069.
Des écarts importants entre pays
En 2024, certains pays affichent déjà des âges de départ élevés : le Danemark, la Norvège, l'Islande et les Pays-Bas atteignent 67 ans pour les hommes et les femmes. À l'inverse, la Turquie se distingue par des âges nettement plus bas (respectivement 52 ans pour les hommes et 49 ans pour les femmes). Parmi les cinq plus grandes économies européennes, l'Allemagne compte l'âge de départ le plus élevé (66,2 ans), tandis que la France se situe plus bas (64,3 ans).
- Deux tiers des pays étudiés (21 sur 32) devraient augmenter l'âge de départ des hommes.
- Trois quarts (24 pays) devraient relever l'âge pour les femmes.
- Les projections supposent une carrière sans interruption, hypothèse favorable pour estimer l'âge normalisé de départ.
Des hausses marquées dans certains États
Les évolutions attendues varient fortement d'un État à l'autre. Le cas le plus extrême est le Danemark, qui verrait l'âge de départ grimper à 74 ans pour les générations nées récemment, niveau le plus élevé projeté en Europe. Viennent ensuite l'Estonie à 71 ans, puis l'Italie, les Pays-Bas, la Suède et Chypre autour de 70 ans. À l'opposé, la Slovénie et le Luxembourg resteraient parmi les plus bas, avec 62 ans pour les hommes.
| Pays / Groupe | Âge observé (2024) | Âge projeté (fin années 2060) |
|---|---|---|
| Moyenne UE (hommes) | 64,7 ans | 66,7 ans |
| Moyenne UE (femmes) | 64,0 ans | 66,6 ans |
| Danemark | 67 ans | 74 ans |
| Estonie | — | 71 ans |
| Italie / Pays-Bas / Suède / Chypre | — | 70 ans |
| Allemagne | 66,2 ans | — |
| France | 64,3 ans | — |
| Turquie (hommes/femmes) | 52 / 49 ans | 65 / — (hommes) |
Conséquences et limites des projections
Ces chiffres traduisent principalement l'effet combiné du vieillissement démographique et des réformes paramétriques déjà adoptées ou attendues dans plusieurs pays. Ils ne prédisent pas des décisions politiques futures mais cartographient un scénario plausible si les tendances actuelles se pérennisent. L'hypothèse d'une carrière sans interruption est particulièrement importante : elle augmente l'âge moyen attendu en neutralisant les sorties anticipées pour chômage, maladie ou parcours atypiques.
Pour la France, la projection rappelle un positionnement encore relativement favorable en 2024 (64,3 ans) par rapport aux moyennes européennes et à certains voisins. Mais le rapport souligne aussi que la trajectoire peut diverger fortement selon les choix nationaux en matière d'âge légal, de décote/minoration et de dispositifs de bonification.
En somme, ces projections de l'OCDE, relayées par l'analyse européenne, offrent un repère utile pour les débats publics et les arbitrages politiques : elles montrent que, si rien ne change, plusieurs pays verront l'âge effectif de départ dépasser largement les niveaux actuels, avec des conséquences sur l'emploi des seniors, les finances publiques et la solidarité intergénérationnelle.