Une piste technique au goût politique
Deux inspections générales, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), ont mis sur la table en juin 2026 une option précise : transformer la majoration de pension actuelle de 10 % accordée aux parents ayant eu ou élevé au moins trois enfants en un forfait de 125 € par mois par bénéficiaire. À ce stade, la proposition n’a pas été retenue par le gouvernement et la règle de 10 % reste applicable.
Comment fonctionne la majoration aujourd’hui ?
Dans le régime général, le mécanisme est proportionnel : la majoration représente 10 % de la pension de base du parent qui remplit la condition des trois enfants. L’avantage concerne tant les mères que les pères ; dans un couple, chacun peut en bénéficier sur sa pension respective s’il remplit les conditions. Les régimes complémentaires et la fonction publique appliquent des règles distinctes : par exemple, la fonction publique prévoit aussi une majoration de 10 % pour trois enfants, puis 5 % supplémentaires par enfant à partir du quatrième, tandis que l’Agirc‑Arrco a ses propres modalités et plafonds.
Effets redistributifs du forfait proposé
Le rapport souligne que le passage à un forfait de 125 €/mois ferait des gagnants et des perdants, selon le niveau de pension :
- 40 % des bénéficiaires, ceux qui perçoivent les pensions les plus faibles, seraient avantagés par le forfait.
- 20 % des bénéficiaires, à l’autre extrémité, verraient leur pension réduite par rapport au système actuel proportionnel.
Sur le plan budgétaire, les inspections estiment qu’une telle transformation pourrait permettre des économies allant jusqu’à 1,1 milliard d’euros sur dix ans. Ce chiffre indique l’ampleur potentielle de la mesure mais ne préjuge pas d’un choix politique, ni de son périmètre final (régime général seulement, ou extension à la fonction publique et aux complémentaires).
« Ne pas faire des familles une variable d’ajustement budgétaire. »
La fédération Familles de France a immédiatement réagi, en soulignant le risque que les familles soient mises à contribution pour des motifs budgétaires. L’argument est politique : une transformation de la majoration toucherait directement la composition des revenus de retraite et l’équité entre profils de carrière.
Points de vigilance et conséquences pratiques
Plusieurs éléments restent à préciser avant toute décision :
- Le périmètre : la proposition vise principalement le régime général ; l’alignement des autres régimes n’est pas automatique et supposerait des arbitrages politiques et techniques.
- Les modalités : comment coexisterait le forfait avec d’autres majorations (par exemple celles liées à la durée d’assurance ou aux enfants à charge) ?
- La communication : remplacer un avantage proportionnel par un montant fixe modifie la lecture des droits pour des millions de titulaires et nécessite des simulations individuelles explicites.
En attendant, la majoration de 10 % continue de s’appliquer. Si le principe d’un forfait semble répondre à un objectif d’équité en direction des plus faibles pensions, il pose une question plus large : celle du rôle des prestations familiales dans le système de retraite, et du partage entre solidarité et reconnaissance des carrières longues ou interrompues par l’éducation des enfants.
Les prochains mois devront dire si l’exécutif retient cette piste technique, la modifie ou l’écarte, mais la discussion illustre la tension permanente entre contraintes budgétaires et choix de société qui structure la politique des retraites.