Un phénomène en hausse et des questions pratiques
Le retour au travail après la retraite se généralise sous l'effet des chocs économiques et de l'inflation : de nombreuses personnes de 55 ans et plus reprennent une activité, souvent à temps partiel. Une étude-action menée depuis deux ans par la professeure Alexandra Lecours (UQTR) dans le cadre du programme Engagement du Fonds de recherche du Québec, fondée sur des entretiens auprès de gestionnaires de la Mauricie et du Centre-du-Québec et des consultations avec des retraités, éclaire les conditions nécessaires pour réussir cette double adaptation — celle du salarié retraité comme celle de l'employeur.
Les motifs qui poussent à retravailler
Les personnes retraitées évoquent quatre ressorts principaux pour reprendre une activité :
- se sentir valorisé et utile ;
- transmettre et échanger des compétences ;
- maintenir la socialisation ;
- des raisons financières.
Au-delà du besoin d'occupation, la dimension financière et la crainte d'une insécurité pèsent fortement, comme le raconte une retraitée interrogée, partie à la retraite en 2022 à 61 ans, qui a ressenti « le sentiment de vide » et l'inquiétude sur ses ressources.
Les attentes des employeurs et les aménagements nécessaires
Pour les employeurs, le principal intérêt est le transfert de compétences et l'expérience. Mais l'accueil de travailleurs retraités exige des adaptations concrètes :
- horaires flexibles et compatibles avec les capacités physiques ;
- missions clairement définies pour faciliter l'intégration des équipes ;
- préparation du personnel encadrant à gérer des effectifs multi‑générationnels.
La cheffe de projet décrit la nécessité de « bien équilibrer les horaires » pour garantir à la fois la qualité de vie du retraité et la performance de l'entreprise.
Aspects institutionnels et fiscaux
La recherche questionne également la fiscalité comme un frein potentiel : le cumul emploi‑retraite peut être complexifié par des règles fiscales et des effets sur les prestations. Les travaux en cours visent à préciser si ces règles constituent un obstacle réel pour celles et ceux qui souhaiteraient travailler quelques heures par semaine.
Cas concret et temporalité de la recherche
Le projet, mené depuis deux années, s'appuie sur des entretiens auprès de gestionnaires et des consultations de retraités. Il met en lumière la dualité des attentes : les retraités veulent préserver leur qualité de vie tout en restant actifs ; les employeurs cherchent un apport d'expertise sans désorganiser les équipes.
| Élément | Fait mentionné |
|---|---|
| Âge au départ à la retraite (exemple) | 61 ans (retraite en 2022) |
| Période de l'étude | 2 années de recherche-action |
| Territoires enquêtés | Mauricie et Centre-du-Québec |
Conséquences pratiques et recommandations
Pour faciliter ces retours, la recherche préconise des mesures simples et ciblées : propositions d'horaires aménagés, clarification des rôles, programmes de mentorat formalisés, et examen des règles fiscales et sociales pour lever d'éventuels freins. Ces aménagements profitent aux deux parties : ils permettent au retraité de préserver sa qualité de vie tout en offrant à l'employeur un apport d'expertise et de continuité.
À l'heure où l'inflation et les bouleversements économiques poussent davantage de seniors à reconsidérer leur retraite, la conjugaison d'une politique publique adaptée et d'une gestion RH attentive apparaît comme la clef d'un retour au travail durable et bénéfique.