Un scénario énergétique qui ferait basculer la croissance britannique
Le cabinet d'audit et de conseil EY publie une projection qui prend l'apparence d'une sonnette d'alarme pour l'économie britannique : si le détroit d'Ormuz — passage stratégique pour une grande partie des hydrocarbures mondiaux — restait fermé jusqu'au début ou au milieu de 2027, le Royaume‑Uni verrait sa croissance s'effondrer, selon les experts du cabinet.
Dans son scénario central, fondé sur une réouverture d'ici fin septembre, EY a abaissé sa prévision 2026 à 0,8 % (contre 0,9 % précédemment) et table sur une progression du PIB de 1,2 % en 2027. Mais la trajectoire se transforme nettement si la perturbation énergétique perdure : la croissance chuterait à 0,5 % en 2026 et l'économie se contracterait de 0,2 % en 2027.
« Si le détroit d'Ormuz rouvre dans les mois à venir, nous prévoyons que le Royaume‑Uni évitera un ralentissement plus marqué, mais une fermeture prolongée jusqu'en 2027 alimenterait l'inflation et pourrait faire basculer l'économie dans la contraction l'année prochaine », a déclaré Peter Arnold, économiste en chef d'EY UK.
Concrètement, une fermeture durable entraînerait une forte hausse des prix de l'énergie et, par ricochet, une poussée de l'inflation : EY anticipe un taux d'inflation à 6,4 % d'ici la fin de 2026 dans ce scénario défavorable, contre un pic plus modéré de 3,5 % si le passage maritime est rouvert rapidement.
Conséquences sur la politique monétaire
Sur le front des taux, EY estime que la Bank of England devrait garder ses taux directeurs stables sur le reste de 2026 avant d'entamer un mouvement de baisse l'année suivante. Le cabinet prévoit une réduction de 3,75 % à 3,25 %, avec des baisses programmées en avril et en juillet 2027 dans son scénario central. Ce calendrier pourrait toutefois être révisé si l'inflation restait élevée plus longtemps en raison d'un choc pétrolier.
Ces anticipations se situent dans la fourchette des scénarios de la BoE publiés récemment, qui avaient examiné un cas où les prix de l'énergie resteraient entre 30 % et 60 % au‑dessus des attentes du marché — scénario où la croissance resterait toutefois proche de 1 % l'année suivante et où l'inflation trimestrielle pourrait atteindre jusqu'à 4,5 % à son pic.
Ce que cela signifie pour les entreprises et les ménages
Une inflation à plus de 6 % réduirait le pouvoir d'achat des ménages et pèserait sur les marges des entreprises déjà fragilisées par des coûts d'approvisionnement plus élevés. Les secteurs dépendants des transports maritimes et des intrants énergétiques seraient les premiers touchés, mais l'effet se propagerait via des prix plus élevés et une demande intérieure plus faible — d'où le risque de contraction économique en 2027.
- Ménages : pression accrue sur le budget, épargne érodée par l'inflation.
- Entreprises : coûts énergétiques en hausse, marges comprimées, investissements retardés.
- Politiques publiques : dilemme entre lutte contre l'inflation et soutien à la croissance.
Comparaison chiffrée des scénarios
| Scénario | Croissance 2026 | Croissance 2027 | Inflation fin 2026 |
|---|---|---|---|
| Réouverture d'ici fin sept. | 0,8 % | 1,2 % | 3,5 % |
| Fermeture jusqu'en 2027 | 0,5 % | -0,2 % | 6,4 % |
Ces chiffres illustrent l'effet amplificateur d'un choc externe sur une économie importatrice d'énergie et sur une chaîne d'approvisionnement mondiale déjà tendue par d'autres risques géopolitiques.
Perspectives et incertitudes
Les projections d'EY reposent sur des hypothèses précises concernant la durée de la fermeture du détroit et l'ampleur de la remontée des prix de l'énergie. Elles montrent surtout la vulnérabilité des économies avancées aux perturbations du trafic hydrocarbure mondial. Pour les décideurs, l'arbitrage entre freiner l'inflation et soutenir l'activité reste délicat : une Bank of England contrainte d'agir face à une inflation élevée pourrait devoir maintenir des taux plus élevés, aggravant le risque de récession.
Au final, la trajectoire économique britannique dépendra autant de l'évolution géopolitique autour de l'Ormuz que des choix de politique monétaire et budgétaire dans les mois qui viennent.