Un élu proche du pouvoir sénégalais a tiré la sonnette d'alarme sur l'exécution du programme conclu avec le Fonds monétaire international (FMI), estimant que l'adoption d'un budget par décret rendrait impossibles les versements prévus par l'institution. L'alerte, survenue dans un contexte politique et budgétaire tendu, relance la question de la conditionnalité juridique des aides internationales et des conséquences pour la stabilité macroéconomique du pays.
Un argument juridique au cœur du débat
Alioune Guèye, cadre de la majorité parlementaire affiliée au Pastef et ancien dirigeant du secteur pétrolier public, a rappelé publiquement que, selon lui, le FMI ne pourrait valider des décaissements si les comptes publics ne reposent pas sur une loi de finances adoptée par l'Assemblée nationale. Dans ses propos relayés, il affirme notamment :
« Le FMI est statutairement incapable de décaisser le moindre franc face à un budget imposé par décret »
Cette lecture met en lumière une exigence de transparence et de gouvernance qui fonde, pour le Fonds, la prévisibilité nécessaire aux programmes de soutien. Les revues périodiques menées par les équipes du FMI évaluent la conformité de l'exécution budgétaire aux engagements pris, et un contournement législatif fragiliserait ce dispositif de surveillance.
Un programme déjà sous tension
Le Sénégal est engagé depuis juin 2023 dans un ensemble de facilités combinées avec le FMI : une facilité élargie de crédit et un mécanisme élargi, comprenant un volet dédié à la résilience climatique. La valeur nominale de ce programme est d'environ 1,8 milliard de dollars pour une durée de 36 mois. Toutefois, depuis l'automne 2024, des révélations relatives à des écarts significatifs entre chiffres officiels de la dette et réalité comptable ont conduit à une suspension de fait des revues du programme.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Montant global | 1,8 milliard de dollars |
| Durée | 36 mois |
Impacts et enjeux pour les partenaires
La poursuite ou l'interruption du programme a des implications concrètes :
- sur la capacité de financement de l'État sénégalais à court terme ;
- sur la confiance des marchés et des créanciers bilatéraux et multilatéraux ;
- sur les partenaires financiers opérant dans la région, y compris des banques et investisseurs français exposés aux risques souverains ou à des projets cofinancés.
Le caractère public de la mise en garde d'un responsable du camp présidentiel ajoute de la pression politique interne : au-delà des aspects techniques, la légitimité d'une loi de finances votée par le Parlement reste un marqueur important vis-à-vis des institutions internationales.
Conséquences pour la trajectoire économique
Si le FMI retenait l'argument juridique avancé et décidait d'arrêter les décaissements, le Sénégal pourrait se retrouver confronté à un creux de financement problématique pour la gestion des dépenses courantes et des projets prioritaires, notamment ceux liés à la résilience climatique, explicitement couverts par le programme. Une telle situation risquerait d'accentuer le besoin de financements d'urgence auprès d'autres créanciers, à des conditions potentiellement plus coûteuses.
Questions en suspens
Plusieurs éléments restent à clarifier et à suivre de près :
- la position officielle du gouvernement sénégalais sur la procédure d'adoption du budget ;
- la lecture technique et juridique que retiendra le FMI lors de sa prochaine revue ;
- les réactions des bailleurs bilatéraux et des créanciers privés, qui surveillent la conformité institutionnelle comme gage de prévisibilité.
Pour les observateurs internationaux et les partenaires économiques, la question n'est pas seulement de savoir si les décaissements seront maintenus, mais aussi comment les autorités locales rétabliront la confiance et la transparence nécessaire pour garantir la viabilité de la trajectoire budgétaire.