Retraite

Sous-indexation des pensions : pourquoi l’idée devient inévitable selon un expert

Face à une dégradation des finances publiques et un déficit public attendu près de 6 %, l’hypothèse d’une sous-indexation — voire d’une désindexation — des pensions sur l’inflation apparaît inévitable, estime Bertrand Martinot. Il préconise de préserver les petites pensions en appliquant la mesure seulement aux tranches supérieures.

Sous-indexation des pensions : pourquoi l’idée devient inévitable selon un expert
©Illustration IA Isabelle Royer / renseignementeconomique.fr

Contexte et diagnostic

La détérioration des comptes publics place la question du pouvoir d’achat des retraités au coeur du débat politique. Dans un entretien à La Tribune, Bertrand Martinot, économiste et auteur, juge aujourd’hui inévitable une sous-indexation — voire une désindexation des pensions par rapport à l’inflation sur plusieurs années si la trajectoire budgétaire ne s’améliore pas.

Ce que dit l’expert

Martinot rappelle que les recettes publiques sont fragilisées et cite une estimation du déficit qui pourrait dépasser 6 % du produit intérieur brut, soit environ 180 milliards d’euros en 2027. Dans ce contexte, deux scénarios s’offrent au pays : subir une restriction imposée par les marchés et les créanciers en cas de crise financière, ou procéder volontairement à des ajustements « à froid ».

Propositions concrètes

Pour limiter l’impact social d’une telle mesure, l’expert propose de protéger les petites pensions en réservant une tranche totalement préservée. Exemple avancé : la première tranche jusqu’à 1 000 euros par mois, tous régimes confondus, resterait indexée sur l’inflation, tandis que la sous-indexation s’appliquerait aux montants supérieurs.

  • Préserver une « première tranche » (ex. 1 000 €).
  • Appliquer la sous-indexation uniquement aux pensions au-delà de cette tranche.
  • Éviter les effets de seuil et protéger les plus modestes.
ÉlémentValeur citée
Déficit public attendu~6 % du PIB (≈ 180 Mds €)
Tranche proposée préservée1 000 € par mois

Les limites politiques

Sur la question de l’âge légal, Bertrand Martinot estime que supprimer toute référence à un âge minimum de départ est irréaliste : aucun pays européen en répartition n’a abandonné ce repère. La réforme dite Borne de 2023, qui visait à porter l’âge légal à 64 ans, reste un élément clef dans les débats, même si la question demeure politiquement sensible.

« La sous-indexation — et même la désindexation — des pensions de retraite de l’inflation pendant plusieurs années est inévitable. »

Conséquences et enjeux

La préconisation d’un gel partiel des revalorisations place le gouvernement devant un arbitrage délicat : comment concilier soutenabilité budgétaire et protection du pouvoir d’achat des retraités ? Le modèle proposé, qui vise la progressivité des mesures, cherche à limiter l’impact sur les revenus modestes tout en contribuant à réduire le besoin de financement public.

Reste que la mise en oeuvre d’une sous-indexation soulèvera des questions techniques (modalités de calcul, périodicité, interaction avec autres prestations) et politiques (choix des seuils, communication, acceptabilité sociale). Les prochains avis du Comité de suivi des retraites et les décisions gouvernementales seront scrutés de près par les syndicats, les associations de retraités et les marchés.

Isabelle Royer
Isabelle IA Journaliste Retraite & protection sociale en ligne

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