Un pari de croissance adossé à la dépense publique
Face aux fluctuations persistantes du commerce mondial, le Vietnam fait du réinvestissement public un levier central pour soutenir l’activité. Selon les données disponibles, la croissance du PIB a atteint 8,18 % sur les six premiers mois de l’année. Pour viser un rythme annuel d’au moins 10 %, l’économie devra afficher environ 12 % de progression au second semestre. Le gouvernement entend y parvenir en accélérant le décaissement des enveloppes budgétaires dédiées aux infrastructures stratégiques, considérées comme un catalyseur des capitaux privés.
Un réservoir de croissance dans les crédits non décaissés
Pour Nguyen Thuong Lang, professeure agrégée spécialisée en commerce international à l’Institut du commerce international et d’économie (Université nationale d’économie), le potentiel repose d’abord sur l’exécution des montants déjà votés. Elle rappelle que près de deux tiers du plan restaient inemployés à mi‑année :
« Les moteurs de croissance traditionnels du Vietnam n'ont pas encore été pleinement exploités. Par exemple, seuls 35 % environ des investissements publics ont été décaissés, ce qui signifie que près de 65 % du plan reste à mettre en œuvre au cours du second semestre. Une accélération des décaissements pourrait à elle seule contribuer à hauteur de 1,5 à 2 points de pourcentage à la croissance du PIB. »
Cette analyse souligne une réalité budgétaire concrète : tant que les fonds ne sont pas effectivement injectés dans l’économie via les chantiers, la croissance demeure en deçà de son potentiel. L’enjeu n’est pas la disponibilité des crédits, mais la capacité à les allouer rapidement et efficacement vers des projets prioritaires.
Une enveloppe inédite et un cap politique clair
Le plan d’investissement public total pour 2026 s’élève à 1 004,6 billions de VND, répartis entre 354,4 billions de VND issus du budget central et 650,2 billions de VND provenant des budgets locaux. Le Premier ministre Lê Minh Hưng exige une gestion plus rigoureuse, la lutte contre la dispersion des dépenses et un lien explicite entre l’allocation des capitaux et l’efficacité socio‑économique, avec l’objectif de décaisser intégralement le plan 2026 afin de créer l’élan nécessaire à une croissance à deux chiffres.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Croissance du PIB T1‑T2 | 8,18 % |
| Cible annuelle minimale | ≥ 10 % |
| Progression requise S2 | environ 12 % |
| Plan d’investissement public 2026 | 1 004,6 billions VND |
| Budget central | 354,4 billions VND |
| Budgets locaux | 650,2 billions VND |
| Décaissements au 2 juillet | 360 948,7 milliards VND (35,8 %) |
Où se joue l’impact macroéconomique
Le ministère des Finances chiffre les décaissements à 360 948,7 milliards de VND au 2 juillet, soit 35,8 % de l’objectif annuel. Concrètement, accélérer la transformation de ces crédits en travaux — routes, logistique, énergie, réseaux — peut soutenir l’activité dans la construction, l’industrie des matériaux et les services aux entreprises, tout en améliorant la productivité et l’attractivité pour les investisseurs privés. Chaque point de décaissement supplémentaire alimente la demande intérieure et prépare la compétitivité à moyen terme.
Conditions de réussite et risques d’exécution
- Prioriser les projets structurants pour éviter la dispersion des crédits et maximiser les effets d’entraînement.
- Fluidifier les procédures (passation, autorisations, foncier) afin de lever les goulets d’étranglement qui ralentissent l’exécution.
- Assurer un pilotage budgétaire rapproché entre niveau central et collectivités pour tenir la trajectoire de décaissement.
Le gouvernement insiste sur une discipline d’allocation alignée sur l’efficacité socio‑économique. L’enjeu est double : obtenir un soutien conjoncturel immédiat à l’activité et ancrer des gains structurels de productivité par les infrastructures. Dans un contexte mondial incertain, cette stratégie vise à amortir les chocs externes par un moteur domestique mieux huilé.
Effet d’entraînement attendu sur l’investissement privé
Les autorités mettent en avant le rôle des infrastructures stratégiques pour « ouvrir la voie aux flux de capitaux privés ». En améliorant la connectivité et la fiabilité des réseaux, les projets publics peuvent réduire les coûts d’exploitation des entreprises, attirer des chaînes de valeur et soutenir l’industrialisation. La condition préalable reste une exécution rapide et ciblée des budgets : c’est ce calendrier qui fera la différence entre un objectif de croissance « ambitieux mais réalisable » et un scénario manqué.