Une solution française pour diminuer l'empreinte climatique des turboréacteurs
Viraj Aero, jeune pousse née début 2024 à Toulouse, a annoncé une levée de fonds de 4,5 millions d'euros destinée à financer le développement de sa technologie de réinjection de vapeur d'eau issue des gaz d'échappement dans les moteurs d'avion. L'objectif affiché : réduire la consommation de carburant, abaisser la production de CO2 et limiter les polluants locaux et les effets indirects du trafic aérien.
Le tour, constitué de fonds propres et de subventions, a été mené par IRDI Capital Investissement et réunit plusieurs acteurs : Climate Founders, le partenaire industriel ARTS, le fonds régional d'amorçage Ocseed, ainsi qu'un réseau d'business angels et de family offices. Parallèlement, Bpifrance apporte un soutien financier. Viraj Aero avait déjà levé 1 million d'euros en 2024 auprès de la fondation suisse Lopez-Loreta.
Chiffres et promesses techniques
La start-up indique que sa solution permettrait de :
- réduire la consommation de carburant et les émissions de CO2 d'environ un tiers ;
- diminuer les émissions d'oxyde d'azote (NOx) de 80 à 99 % ;
- atténuer les traînées de condensation responsables d'un forçage radiatif d'environ 70 %.
Ces gains, s'ils se confirment en vol, représenteraient un changement significatif pour les flottes court et moyen-courrier où le turboréacteur reste dominant. Viraj vise un premier vol de démonstration en 2027.
Équipe, parcours et industrialisation
La PME a triplé ses effectifs cette année pour atteindre 18 salariés. Elle a été fondée par Mathilde Bouilloux, ingénieure des Ponts et Chaussées, et Joseph Brisson, diplômé de Supaero ayant travaillé chez Ascendance (propulsion hybride) et Beyond Aero (avion à hydrogène). Le partenariat industriel avec ARTS vise à préparer l'intégration de la solution sur des moteurs existants et à conduire les essais en conditions réelles.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Montant levé (2026) | 4,5 M€ |
| Levée précédente (2024) | 1 M€ (Fondation Lopez-Loreta) |
| Effectif | 18 salariés |
| Première démonstration en vol | 2027 |
Enjeux économiques et questions ouvertes
Sur le papier, les performances annoncées sont ambitieuses et portent à la fois sur le bilan carbone direct et sur les effets climatiques indirects du transport aérien. Reste à valider ces chiffres en essais moteurs et en campagne de vol. Plusieurs paramètres détermineront ensuite la capacité de Viraj à industrialiser sa solution : compatibilité avec différents types de turboréacteurs, coûts d'installation et de maintenance, certification par les autorités aéronautiques, et modèle économique (vente d'équipements, rétrofit, service d'exploitation).
La présence d'acteurs financiers et industriels nationaux autour du projet est un signe positif pour l'industrialisation en France. Mais la transition vers une aviation décarbonée combine plusieurs voies — amélioration des moteurs, carburants durables, hydrogène, efficacités opérationnelles — et chaque technologie devra être évaluée sur ses coûts, sa scalabilité et son impact réel sur les émissions à l'échelle des flottes.
Viraj Aero entre désormais dans une phase décisive : transformer des promesses techniques en validations expérimentales et, à terme, en déploiement commercial. Les autorités, les compagnies et les motoristes suivront de près les prochains essais, qui détermineront si cette approche peut effectivement contribuer à réduire l'empreinte climatique du transport aérien.