Une thèse qui déplace le centre de gravité du marché
Ki Young Ju, fondateur de Cryptoquant, soutient que le pic du cycle haussier du bitcoin ne sera pas porté par les États‑Unis mais par des capitaux institutionnels et des produits structurés déployés ailleurs. Cette affirmation met en lumière une réalité simple : l'origine des flux d'achat majeurs peut modifier profondément la dynamique des prix.
Pourquoi les États‑Unis ne seraient pas la source du prochain sommet
Le raisonnement repose sur deux observations factuelles. D'une part, les ETF bitcoin validés par la SEC ont déjà attiré près de 57 milliards de dollars en deux ans, ce qui représente une part importante mais pas nécessairement décisive du marché futur. D'autre part, plusieurs juridictions présentent encore des barrières à l'entrée qui, si levées, créeraient de nouveaux gisements de demande :
- absence d'ETF spot dans certains pays clé (ex. Corée du Sud) ;
- limitations d'accès pour les particuliers à des produits étrangers ;
- entreprises parfois exclues des plateformes d'échange.
Autrement dit, si des marchés importants facilitent l'accès institutionnel et retail, ils pourraient générer des flux comparables — voire supérieurs — à ceux observés aux États‑Unis jusqu'à présent.
Sberbank : passage à l'institutionnalisation du bitcoin
Concrètement, l'actualité renforce cette thèse. Sberbank, première banque russe par la clientèle, prévoit d'accepter le BTC, l'ETH et l'USDT comme garanties de prêts à compter du 1er septembre 2026, sous réserve de l'entrée en vigueur de nouvelles règles locales. Si cette mise en place se confirme, il s'agit d'un signal fort : la cryptomonnaie cesse d'être cantonnée aux portefeuilles d'investisseurs pour devenir un actif bancaire utilisable comme collatéral.
| Élément | Données |
|---|---|
| Entrées des ETF Bitcoin (États‑Unis) | ~57 milliards $ en deux ans |
| Nouvelle pratique bancaire (Sberbank) | Acceptation BTC/ETH/USDT comme garantie à partir du 01/09/2026 |
Conséquences possibles et limites
Plusieurs impacts peuvent découler de ces développements, sans qu'il soit certain qu'ils se matérialisent tous :
- augmentation de la demande institutionnelle si d'autres banques et caisses intègrent la crypto comme collatéral ;
- diversification géographique des flux d'investissement, susceptible de modifier la corrélation entre bitcoin et marchés financiers américains ;
- risques opérationnels et de contre‑partie accrus pour les prêteurs acceptant des actifs volatils en garantie.
Il convient d'être prudent : la transformation du statut d'un actif en collatéral bancaire pose des questions de gestion du risque, de liquidité et de réglementation. Accepter le bitcoin comme garantie ne neutralise pas sa volatilité — cela l'intègre simplement au bilan des institutions, avec les enjeux que cela comporte en période de stress de marché.
Regard critique et éléments à suivre pour la France
Pour les acteurs européens et français, la thèse de Cryptoquant invite à surveiller trois points concrets : l'ouverture effective d'ETF ou de produits institutionnels locaux ; l'évolution des règles prudentielles encadrant l'utilisation de cryptos comme collatéral ; et la réaction des contreparties en cas de mouvements brusques des prix. Si des places hors‑États‑Unis s'ouvrent massivement, la course au sommet pourrait effectivement se jouer ailleurs — mais cela reste conditionné à une adoption institutionnelle réelle et à des cadres réglementaires robustes.
En somme : la structure future des flux de capitaux compte autant que le total mobilisé aujourd'hui. La montée en puissance d'acteurs bancaires comme Sberbank valide la possibilité d'un changement d'épicentre, mais ne garantit pas, à elle seule, un nouveau bull run mondial.