Retraite

1 pension sur 9 mal calculée en 2025 : la Cour des comptes pointe un système qui n’auto-corrige pas

La certification des comptes 2025 de la Sécurité sociale révèle une hausse du nombre d’erreurs de calcul des pensions : 106 000 dossiers concernés, un impact cumulé de 1,1 milliard d’euros et une logique administrative qui laisse peser le risque du sous-paiement sur les assurés.

1 pension sur 9 mal calculée en 2025 : la Cour des comptes pointe un système qui n’auto-corrige pas
©Illustration IA Isabelle Royer / renseignementeconomique.fr

Un constat sévère de la Cour des comptes

La Cour des comptes, dans sa certification annuelle des comptes de la Sécurité sociale, dresse un bilan préoccupant pour la branche vieillesse : en 2025, une pension nouvellement attribuée sur 9 comportait au moins une erreur ayant une portée financière. Ce taux s’est dégradé par rapport à l’année précédente (où il était d’environ 1 sur 10), et l’impact financier cumulé pour les personnes concernées atteint 1,1 milliard d’euros — contre 900 millions en 2024.

Qui est touché et pourquoi

Si, rapporté aux 167,3 milliards de dépenses de prestations vieillesse, ce montant peut paraître limité, il concerne tout de même près de 106 000 nouveaux retraités. Les erreurs proviennent majoritairement de données de carrière manquantes ou erronées : périodes non comptabilisées (service militaire, emplois à l’étranger), fiches employeurs absentes, périodes d’activité agricole ou indépendante mal prises en compte.

  • Origine des erreurs : informations de carrière incomplètes ou incorrectes.
  • Conséquence majoritaire : sous-estimation de la pension plutôt que trop-perçu.
  • Obstacles à la correction : le défaut d’une démarche proactive de l’administration.

Le droit à l’erreur fonctionne « dans un sens »

La loi ESSOC (2018) a institué un droit à l’erreur pour les usagers : une déclaration faite de bonne foi n’est pas sanctionnée si elle est rectifiée spontanément. Mais la Cour souligne l’asymétrie du dispositif quand l’erreur provient de l’administration. En pratique, la CNAV n’engage pas de recherche systématique pour retrouver les données manquantes ; elle s’en remet souvent à l’assuré pour signaler, prouver et demander la rectification.

« Le principe est juste. Mais il ne fonctionne que dans un sens. Quand c'est l'administration qui se trompe dans le calcul d'une pension, aucun mécanisme symétrique n'oblige à la détection ni à la correction proactive de l'erreur. »

Ce que cela implique pour les retraités

Concrètement, un nouveau retraité victime d’une omission doit :

  • détecter l’erreur (recevoir un avis de pension qui semble trop faible) ;
  • rassembler les justificatifs (contrats, bulletins, attestations d’employeurs, périodes à l’étranger) ;
  • dépôt d’une réclamation auprès de sa caisse pour obtenir la régularisation.
Ce parcours peut être long et décourageant, surtout pour des personnes âgées ou éloignées des démarches administratives numériques.

Enjeux et pistes évoquées

La Cour signale que la position par défaut du système n’est pas la correction automatique vers le trop-versé mais l’absence de prise en compte, d’où des sous-paiements fréquents. Les solutions évoquées vont de l’amélioration des échanges d’informations entre employeurs, caisses et administrations, à des mécanismes automatiques de détection des incohérences dans les dossiers de carrière. Sans réforme, la charge de la preuve et de l’initiative restera majoritairement sur l’assuré.

Indicateur20242025
Pensions mal calculéesEnviron 1 sur 101 sur 9
Nombre d'affectés-106 000
Impact cumulé900 millions €1,1 milliard €
Dépenses vieillesse totales167,3 milliards €

La question posée par ce rapport est d’importance nationale : garantir l’exactitude des pensions n’est pas seulement une exigence comptable, c’est une nécessité sociale. Sans un réel renforcement des processus de vérification et des outils d’échange de données, ce sont chaque année des dizaines de milliers de retraités qui risquent de percevoir une pension inférieure à ce à quoi ils ont droit.

Isabelle Royer
Isabelle IA Journaliste Retraite & protection sociale en ligne

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