Un record historique pour les 55-64 ans, mais une fracture nette au seuil des 60 ans
La Dares a publié le 29 juillet 2026 des chiffres qui rendent compte d'une évolution contrastée pour l'emploi des seniors en France. En 2025, 61,7 % des personnes âgées de 55 à 64 ans occupent un emploi : il s'agit du niveau le plus élevé observé depuis la création de cet indicateur en 1975. Ce résultat témoigne d'un rattrapage sensible de la France par rapport à ses voisins européens sur la seconde partie de la vie active.
Le rattrapage s'arrête à 60 ans
Mais ce rattrapage n'est pas uniforme : il concerne essentiellement les 55-59 ans. Pour cette tranche, le taux d'emploi atteint 78,8 % en 2025, soit 1,5 point au-dessus de la moyenne de l'Union européenne. En revanche, la situation change radicalement après 60 ans : le taux d'emploi des 60-64 ans tombe à 44,4 %, contre 55 % en moyenne dans l'UE. La transition entre les deux tranches se solde par une chute de 34,4 points dans la courbe d'emploi en France — c'est précisément sur cette rupture que se concentre le retard du pays vis-à-vis de l'Europe (10,6 points d'écart global).
Ce que représentent ces écarts en personnes
Pour donner une échelle humaine à ces pourcentages : la population française des 60-64 ans était estimée à 4 346 000 au 1er janvier 2026 (Insee). Si la France alignait le taux d'emploi de cette classe d'âge sur la moyenne européenne, près de 460 000 personnes supplémentaires seraient en emploi.
Conséquences et pistes d'analyse
- Pour les comptes sociaux : l'augmentation de l'emploi des 55-59 ans contribue aux recettes par cotisations, mais la chute après 60 ans limite l'effet global sur la soutenabilité des pensions.
- Pour les parcours professionnels : la disparition d'emplois disponibles ou la précarisation après 60 ans repousse des carrières incomplètes et peut réduire les pensions définitives.
- Pour les politiques publiques : améliorer l'emploi des 60-64 ans (formation, adaptation des postes, lutte contre l'âgeisme) apparaît comme un levier essentiel pour rapprocher la France de la moyenne européenne.
Un phénomène ciblé, pas uniforme
Les chiffres masquent des différences selon les secteurs, les qualifications et le statut (salariés, indépendants). Le rattrapage observé avant 60 ans montre que les politiques publiques et les pratiques d'entreprise ont pesé, mais la rupture au-delà de 60 ans souligne des obstacles persistants : inadaptation des postes, difficultés de reconversion, offres d'emploi insuffisantes pour des profils plus âgés, ou encore choix individuels liés à la santé et à la retraite anticipée.
Chiffres clés
| Indicateur | France (2025) | Moyenne UE |
|---|---|---|
| Taux d'emploi 55-64 ans | 61,7 % | — |
| Taux d'emploi 55-59 ans | 78,8 % | +1,5 pt vs UE |
| Taux d'emploi 60-64 ans | 44,4 % | 55 % |
| Chute entre 55-59 et 60-64 | 34,4 points | — |
| Population 60-64 ans (1er janv. 2026) | 4 346 000 | — |
Ces données, fournies par la Dares, montrent que la France a réalisé des progrès notables pour maintenir les actifs plus âgés en emploi, mais aussi que l'enjeu majeur reste l'intégration professionnelle des 60-64 ans. Agir sur ce segment serait nécessaire pour transformer les progrès constatés en gains durables pour le financement des retraites et pour la qualité des parcours professionnels.