Les chiffres clés de l'absentéisme et de la réintégration
L'étude bisannuelle du service de prévention Mensura montre que 41% des entreprises en Belgique estiment que la mise en place d'un travail adapté pour des salariés revenant d'un arrêt de longue durée est « presque » impossible au sein de leur organisation. Cette perception se concentre essentiellement dans les plus petites structures : 44% des entreprises de moins de 10 salariés déclarent cette impossibilité, contre seulement 9% pour les sociétés de plus de 500 salariés.
Pourquoi les PME sont particulièrement concernées
Mensura explique que la nature même des activités et des postes rend souvent les aménagements difficiles à appliquer. Les petites entreprises disposent de marges de manœuvre réduites pour ajuster les tâches ou les horaires : l'absence d'un collègue pour compenser, des fonctions très techniques ou physiques, et des emplois du temps contraints complexifient la réintégration.
Cadre légal et état des politiques internes
Malgré l'obligation introduite fin 2022 d'avoir une politique de réintégration collective, seulement 12% des entreprises interrogées disposent aujourd'hui d'un dispositif formalisé. C'est une progression par rapport à 2024 (où 7% avaient une telle politique), mais le niveau reste faible par rapport à l'obligation légale.
"La multitude d'obligations et de règles est complexe. Elles ne s'y retrouvent plus,"
analyse Bart Teuwen, expert en absentéisme chez Mensura. Un employeur sur cinq avoue de surcroît manquer de connaissances ou de temps pour se conformer et élaborer les dispositifs requis.
Conséquences pour les salariés, les employeurs et le système
Le constat a des effets directs : pour les salariés de longue maladie, l'absence d'aménagement augmente le risque d'exclusion durable du marché du travail ; pour les PME, le manque d'outils de retour prolongé pèse sur la gestion des ressources humaines et peut entraîner des coûts indirects — recrutement, formation, perte de savoir-faire — difficilement quantifiables à court terme. Au plan macro, Mensura chiffre le nombre de malades de longue durée à 585 000 en Belgique, ce qui pose une question structurelle sur la prévention et l'organisation du travail.
Ce que recommande l'étude
- Miser davantage sur la prévention pour réduire la fréquence et la durée des arrêts ;
- Adapter les pratiques en tenant compte de la taille de l'entreprise : les solutions homogènes ne sont pas efficaces pour les TPE/PME ;
- Clarifier et simplifier les obligations légales pour faciliter leur mise en œuvre, ou renforcer l'accompagnement des petites structures.
Le rapport met en lumière un paradoxe : la contrainte réglementaire existe, mais son appropriation reste limitée, en particulier chez les plus petits employeurs. Pour ces derniers, l'effort principal passe par des mesures préventives et un accompagnement externalisé — lorsque les ressources internes font défaut.
Tableau récapitulatif des pourcentages mentionnés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Entreprises estimant le travail adapté (quasi) impossible | 41% |
| Petites entreprises (<10 salariés) — impossibilité déclarée | 44% |
| Grandes entreprises (>500 salariés) — impossibilité déclarée | 9% |
| Entreprises disposant d'une politique formelle de réintégration | 12% |
| Nombre de malades de longue durée en Belgique (chiffre cité) | 585 000 |
Au final, l'étude signale que l'enjeu n'est pas seulement de créer des règles, mais d'accompagner leur mise en œuvre sur le terrain, en particulier dans les structures aux capacités limitées. Sans réponses adaptées, le risque est de voir se creuser une fracture entre grandes entreprises capables d'aménager des retours au travail et petites structures pour lesquelles la réintégration demeure une gageure.