Le cadre mis en place, menacé par une application stricte sur le prix
Quatre années de travail législatif et territorial ont accompagné l'émergence de l'agrivoltaïsme en France. Mais, selon des dirigeants de la filière, la mise en œuvre administrative de ces dispositifs risque désormais d'en neutraliser l'effet industriel. L'enjeu n'est pas anodin : il s'agit de concilier production agricole et production d'électricité sur une même surface, tout en préservant la rentabilité des projets pour les porteurs de solutions.
Une sélection réduite au seul critère économique
Les représentants de la filière déplorent que l'administration envisage de ne retenir, pour les appels d'offres, que le prix comme critère principal de sélection. Ce choix signifierait, selon eux, une évaluation court-termiste incapable de prendre en compte des paramètres cruciaux tels que la qualité agronomique, la durabilité des installations, l'impact sur la biodiversité ou la maintenance à long terme.
"L'agrivoltaïsme est l'illustration tragique d'une spécialité française : concevoir de magnifiques lois d'exception pour ensuite regarder l'administration en verrouiller l'application par de simples règles de marché."
Conséquences attendues pour les PME et ETI
Les petites et moyennes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, souvent porteuses d'innovations techniques (systèmes de positionnement des panneaux, capteurs microclimatiques, solutions d'intégration au cheptel ou aux cultures), craignent un effet « chasse aux coûts » :
- Pression sur les marges, réduisant la possibilité d'investir en R&D ;
- Concurrence accrue de grands acteurs capables de réduire fortement les prix au détriment de la qualité ;
- Risque de modèles économiques non viables pour des installations qui nécessitent un pilotage fin sur le long terme.
Un enjeu technique et climatique ignoré, selon le secteur
Les professionnels rappellent que les évaluations actuelles de consommation électrique, mises en avant par l'administration (croissance faible à court terme), n'intègrent pas pleinement les transformations du comportement des ménages face aux vagues de chaleur. L'adoption massive de climatiseurs et les pointes de consommation associées pourraient accroître la valeur des capacités flexibles générées par des systèmes agrivoltaïques bien conçus.
Que demande la filière ?
Les acteurs sollicitent une approche multi-critères pour la sélection des projets, qui prenne en compte :
- la qualité agronomique et l'impact sur la production alimentaire ;
- la robustesse technique et la maintenance sur la durée ;
- les bénéfices climatiques et la capacité de réponse aux pointes de consommation.
| Dimension | Préoccupation des PME/ETI |
|---|---|
| Financière | Marges compressées et difficulté à amortir les innovations |
| Technique | Besoins de R&D pour intégrer agriculture et production électrique |
| Environnementale | Maintien des services écosystémiques et de la qualité des sols |
Ce que cela signifie pour les clients et le secteur
Si la procédure d'appels d'offres privilégie uniquement le prix, les consommateurs finaux pourraient voir se multiplier des installations moins performantes sur le long terme, avec des coûts de maintenance et des pertes de rendement plus élevés. Pour le secteur agritech, cela reviendrait à sacrifier la capacité d'innovation française au profit d'une compétition par les coûts, bénéfique à court terme mais potentiellement coûteuse pour la souveraineté et la résilience agricole et énergétique.
La discussion reste ouverte entre les pouvoirs publics et les professionnels. Le cadrage final des critères d'attribution déterminera si l'agrivoltaïsme en France s'impose comme une solution durable et industrialisable ou s'il reste cantonné à quelques expérimentations ponctuelles.