Un bail colossal entre un laboratoire d'IA et un campus de minage
Anthropic a conclu un contrat de long terme avec Riot Platforms portant sur 191 mégawatts de capacité informatique sur le site de Rockdale, au Texas. Le bail, annoncé par Riot lors de la publication retardée de ses résultats du deuxième trimestre, court initialement sur 20 ans et est évalué à environ 9,1 milliards de dollars. Deux options de prolongation de cinq ans chacune peuvent porter le chiffre d’affaires potentiel à environ 16,1 milliards.
La livraison de la capacité est planifiée en deux phases : 96 MW devront être opérationnels en décembre 2027, puis les 95 MW restants d’ici juin 2028. Pour financer la première phase, Morgan Stanley a accepté un prêt relais de 573 millions de dollars.
Pourquoi ce contrat intéresse les marchés
Au-delà du montant, c’est la nature du locataire — un acteur majeur de l’intelligence artificielle — qui transforme le narratif autour de Riot, traditionnellement positionné comme mineur de Bitcoin. Dans les heures qui ont suivi l’annonce, au moins cinq courtiers de Wall Street ont relevé leurs objectifs sur l’action de Riot : Bernstein a par exemple recalibré sa valorisation en attribuant désormais 84 % de la valeur du groupe à sa capacité de colocation pour l’IA.
- Calendrier de livraison : 96 MW (déc. 2027) ; 95 MW (juin 2028).
- Valeur contractuelle : 9,1 Md$ initialement, extensible à 16,1 Md$ avec options.
- Financement : prêt relais de 573 M$ pour la phase initiale.
Conséquences industrielles et financières
Sur le plan industriel, ce type de contrat matérialise la convergence entre centres de données dédiés à l’IA et infrastructures traditionnellement orientées vers le minage de cryptomonnaies. Rockdale voit désormais 241 MW loués au total, intégrant un accord antérieur avec Advanced Micro Devices (AMD) qui avait démarré à 25 MW. Le directeur général de Riot, Jason Les, a souligné l’effet combiné de ces signatures :
« ces deux contrats représentent à eux seuls près de 9,8 milliards de dollars de revenus fermes de long terme, tous signés en l’espace de six mois. »
Sur les marchés, l’annonce a provoqué une réévaluation rapide des perspectives de Riot : plusieurs maisons de courtage ont relevé leurs objectifs après avoir identifié que la croissance de Riot ne dépend plus seulement du Bitcoin mais aussi de la demande en puissance pour l’IA.
Risques et zones d’incertitude
Reste que l’opération comporte des risques : elle lie une part importante du chiffre d’affaires projeté de Riot à un seul locataire sur un horizon très long. Des incertitudes pèsent aussi sur le calendrier de livraison et la capacité à maintenir des marges attractives si les coûts d’énergie ou d’équipements évoluent. Enfin, la concentration géographique (Rockdale) pose des questions de sécurité énergétique et de résilience face à des interruptions locales.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Capacité totale louée à Anthropic | 191 MW |
| Phases de livraison | 96 MW (déc. 2027) ; 95 MW (juin 2028) |
| Valeur du bail | 9,1 Md$ (20 ans) ; jusqu’à 16,1 Md$ avec options |
| Prêt relais | 573 M$ (Morgan Stanley) |
En synthèse, l’accord entre Anthropic et Riot Platforms illustre une recomposition du modèle économique des opérateurs d’infrastructures informatiques : la demande en puissance pour l’IA devient un relais de croissance capable de redéfinir les valorisations, mais elle engage aussi les opérateurs sur des paris de long terme et une dépendance accrue aux grands clients hyperscalers. Il faudra suivre la mise en service des premiers mégawatts, l’exécution financière des options de prolongation et la réaction du marché face à une valorisation désormais largement indexée sur la colocation dédiée à l’intelligence artificielle.