Des créations d'emplois nettes mais un chômage jeune alarmant
La dernière enquête publique du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur le marché du travail marocain brosse un tableau en demi-teinte. Au deuxième trimestre 2026, le pays enregistre une création nette de 279 000 emplois et une baisse du taux de chômage strict qui s'établit à 9,5 %. Ces chiffres traduisent une dynamique d'activité plus soutenue et une remontée de la participation au marché du travail.
Mais derrière ce reflux global du chômage, une fracture persiste : 27,2 % des jeunes actifs sont sans emploi. Autrement dit, plus d'un jeune actif sur quatre se retrouve exclu du salariat rémunéré. Cette disparité intergénérationnelle pose la question de la qualité et de l'adéquation des emplois créés au regard des attentes et des compétences des jeunes.
Ce qui change avec l'EMO2026
Les résultats présentés par le HCP inaugure une nouvelle série statistique, issue de l'Enquête sur la main-d'œuvre 2026 (EMO2026), alignée sur les normes de l'Organisation internationale du travail. Deux évolutions méthodologiques majeures modifient la lecture des chiffres :
- L'emploi ne prend désormais en compte que les activités exercées contre rémunération ou en vue d'un profit ; les travaux destinés à l'autoconsommation familiale sont exclus.
- Le HCP retient un concept de « chômage strict », réservé aux personnes sans emploi, disponibles immédiatement et en recherche active d'un travail, ce qui est plus sélectif que les définitions antérieures.
Ces redéfinitions rendent les séries récentes non directement comparables aux statistiques publiées avant 2026. Il faudra donc de la prudence pour interpréter les tendances longues et évaluer l'efficacité des politiques de l'emploi.
Les chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Population active | 11,76 millions |
| Emplois rémunérés | 10,64 millions |
| Emplois créés (T2 2026) | 279 000 |
| Taux de chômage strict | 9,5 % |
| Taux de chômage des jeunes | 27,2 % |
| Taux d'emploi | 38,2 % |
| Taux de participation | 42,2 % |
Conséquences pour les actifs et les entreprises
Pour les jeunes demandeurs d'emploi, le contraste est net : la reprise de l'emploi profite globalement, mais elle ne se traduit pas par une insertion suffisamment large des moins de 35 ans. Cela peut signaler un décalage entre les postes créés et les compétences disponibles, ou des obstacles structurels à l'entrée sur le marché du travail (stabilité des contrats, offres adaptées, mobilité, formation).
Du côté des employeurs, la hausse de l'offre de main-d'œuvre active — portée par 147 000 actifs supplémentaires en un trimestre — peut alléger les tensions sur certains segments, mais exige aussi une attention sur la formation et l'adaptation des recrutements pour intégrer efficacement des jeunes diplômés ou non diplômés.
Enfin, la refonte méthodologique implique que les décideurs publics et les acteurs sociaux devront s'appuyer sur ces nouvelles bases pour calibrer politiques d'emploi, programmes de formation et dispositifs d'insertion afin d'en réduire les inégalités, en particulier pour la jeunesse.