Un compte à rebours technique et politique
La communauté Bitcoin retient son souffle : l'ouverture de la fenêtre obligatoire pour le BIP-110 au passage du bloc 961632 ravive des tensions qui n'avaient pas été vues à cette intensité depuis les affrontements de 2017. Proposée par les développeurs de Bitcoin Knots, cette modification vise à réduire la place des données non financières dans les transactions — une cible directe pour les systèmes d'inscriptions tels que les Ordinals.
Un soutien des mineurs loin du seuil requis
Les chiffres disponibles sont sans appel : le soutien des mineurs à BIP-110 plafonne à 2,59 %. Sur 1 818 blocs examinés, seulement 47 ont signalé leur approbation, très loin du seuil réglementaire de 55 % nécessaire pour activer la proposition. Les grands pools — Antpool, F2Pool, ViaBTC — restent silencieux, tandis que quelques petits pools comme SoV ou Roughnecks affichent leur soutien.
Escalade et riposte technique envisagée
Face à ce blocage, les développeurs de Bitcoin Knots ont évoqué une option radicale : changer l’algorithme de preuve de travail (PoW) pour contourner l'opposition des mineurs. Une telle manœuvre constituerait une forme d’« option nucléaire » technique, aux conséquences imprévisibles pour la sécurité et l'unité du réseau. Il s'agit d'une perspective lourde de risques — tant du point de vue opérationnel que de la confiance des marchés — et il convient de préciser que ces échanges relèvent actuellement du scénario stratégique envisagé par certains acteurs plutôt que d'une décision actée.
Provocations et réactions sur le réseau
La tension est montée d'un cran lorsque MARA Pool a miné un bloc contenant une image de Pepe, geste interprété par certains comme une provocation à l'adresse des partisans de la réforme. Réactions et moqueries ont immédiatement circulé sur les réseaux.
« Vraiment MARA ? 3,85 Mo d’espace pour ça ? Des gens utilisent Slipstream pour ça… »
Les exchanges préparent des plans de contingence
Conscientes du risque de scission, des plateformes d'échange ont commencé à publier des scénarios d'urgence. En Australie, Bitaroo et Hardblock ont déjà détaillé des plans en cas de fork, cherchant à limiter l'impact sur les clients et les liquidités. Ces mesures visent avant tout à maîtriser les risques opérationnels et juridiques en cas d'apparition de deux chaînes concurrentes.
Conséquences possibles et incertitudes
Plusieurs conséquences sont plausibles selon l'évolution immédiate :
- une activation ratée de BIP-110, laissant l'état actuel des inscriptions intact ;
- une scission en cas de tentative d'imposer un changement de PoW, avec impacts sur la valeur, la liquidité et la sécurité des échanges ;
- une polarisation accrue entre développeurs et mineurs, susceptible de durer au-delà du simple épisode technique.
Techniquement, l'issue dépendra essentiellement d'arithmétique et de coordination : si aucune majorité de hachage ne bascule, BIP-110 ne s'activera pas. Mais la menace d'une modification de l'algorithme de minage montre que certains acteurs sont disposés à recourir à des mesures extrêmes, ce qui élargit le risque au-delà d'une simple gouvernance logicielle.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Soutien des mineurs | 2,59 % |
| Blocs signalant approbation | 47 / 1 818 |
| Seuil requis pour activation | 55 % |
La période qui suit le passage du bloc 961632 sera décisive. Pour l'instant, les chiffres montrent un fossé important entre les souhaits des développeurs et la réalité du pouvoir de hachage. Reste à voir si l'arbitrage final se fera par le code, par la puissance de calcul ou par des solutions de marché. Les acteurs nationaux et européens qui dépendent des infrastructures d'échange surveilleront ces heures avec attention, en évaluant principalement les risques opérationnels et juridiques plutôt que l'idéologie technique.
À retenir : la menace d'une scission n'est pas théorique — elle est conditionnée par des jeux d'intérêts techniques et économiques immédiats. Les prochains blocs diront si l'écosystème choisira la réconciliation ou la rupture.