Une croissance en mutation
Le paysage économique marocain évolue. Selon l'analyse livrée dans l'entretien avec Khalid Kabbadj à LaQuotidienne, les récentes prévisions, alignées sur celles du FMI et de l'OCDE, envisagent une croissance supérieure à 4 %, portée principalement par l'investissement et la demande intérieure. Ce chiffre, s'il se confirme, marque la consolidation d'une trajectoire moins dépendante de l'agriculture et davantage orientée vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée.
La mutation structurelle identifiée repose sur une diversification réelle de l'économie : industrie (notamment l'automobile et l'aéronautique), services, tourisme, phosphates transformés et énergies renouvelables participent désormais à la création de richesse. Cette orientation vers la compétitivité industrielle et l'intégration dans les chaînes de valeur mondiales accroît la résilience face aux chocs externes, pour autant que la croissance devienne plus inclusive et productive.
Investissement public : catalyseur ou béquille ?
Khalid Kabbadj insiste sur un point central pour transformer l'effet d'entraînement des dépenses publiques : l'investissement public doit jouer un rôle de catalyseur plutôt que de substitut à l'investissement privé. Les grands projets d'infrastructures — ports, voies ferrées, réseaux énergétiques, systèmes hydrauliques et infrastructures numériques — créent le cadre, mais ne suffisent pas automatiquement à générer emplois et montée en gamme industrielle.
« L'investissement public doit désormais jouer un rôle de catalyseur plutôt que de substitut à l'investissement privé. »
Autrement dit, la réussite dépendra de la capacité des autorités à transformer ces actifs publics en aimants d'investissements privés, notamment industriels et technologiques, qui seules peuvent amplifier l'effet multiplicateur sur l'emploi et la productivité.
Les leviers pour déclencher l'investissement privé
D'après l'entretien, plusieurs leviers concrets doivent être mobilisés pour que l'effort public dope effectivement l'activité privée :
- Renforcement des partenariats public-privé afin de partager risques, financements et compétences sur des projets d'envergure ;
- Simplification des procédures administratives pour réduire les coûts et les délais d'implantation des entreprises ;
- Amélioration de l'accès au financement des PME, souvent freinées par des contraintes de liquidité ou des garanties insuffisantes ;
- Accélération de la digitalisation pour moderniser les services publics et améliorer la productivité du tissu économique.
Enjeux sociaux et productivité
La croissance attendue ne sera pleinement bénéfique que si elle est inclusive et créatrice d'emplois. Kabbadj rappelle que l'objectif est d'orienter la mutation économique vers une croissance plus intensive en emploi et fondée sur des gains de productivité. Sans ces éléments, la performance macroéconomique resterait fragile face au chômage et aux inégalités.
Perspectives et limites
Les prévisions de croissance supérieures à 4 % constituent une fenêtre d'opportunité. Mais la traduction de cette trajectoire en amélioration tangible des conditions de vie et du tissu productif dépendra de l'articulation entre investissements publics et privés. Les infrastructures élaborées à grands frais doivent attirer des projets industriels à forte valeur ajoutée plutôt que de servir de simple dépense publique sans effet durable.
| Facteur | Rôle attendu |
|---|---|
| Investissement public | Créer l'environnement (infrastructures, énergies, numérique) |
| Investissement privé | Installer capacités productives, technologies et emplois |
| Politiques | Simplifier, financer PME, encourager PPP |
En somme, la trajectoire marocaine esquissée par Bank Al-Maghrib et relayée par les analyses de spécialistes appelle à une lecture pragmatique : la croissance est là, mais sa durabilité et son caractère redistributif dépendront de choix d'action publique visant à transformer l'infrastructure en attracteur réel pour l'investissement privé et en moteur de productivité.