Emploi

Chômage: 2,3 millions au sens du BIT contre 3 millions en catégorie A, comprendre l’écart

Dares et Insee analysent l’écart persistant entre le chômage mesuré au sens du BIT et les inscrits en catégorie A à France Travail. En 2024, l’écart atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Voici ce que cela change pour les salariés, les demandeurs d’emploi et les employeurs.

Chômage: 2,3 millions au sens du BIT contre 3 millions en catégorie A, comprendre l’écart
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Deux mesures, deux réalités statistiques

En 2024, en France (hors Mayotte), les institutions statistiques retiennent deux repères centraux pour suivre le marché du travail. D’un côté, 2,3 millions de personnes au chômage au sens du BIT (Bureau international du travail). De l’autre, 3 millions d’inscrits à France Travail en catégorie A. Une note conjointe de la Dares et de l’Insee examine les raisons de cet écart toujours marqué.

IndicateurPérimètreVolume 2024
Chômage au sens du BITFrance (hors Mayotte)2,3 millions
Inscrits France Travail, catégorie AFrance (hors Mayotte)3 millions

Pourquoi les chiffres divergent

Ces deux séries ne mesurent pas la même chose ni avec les mêmes outils. La mesure BIT vise la situation des personnes sans emploi, disponibles et en recherche active, d’après une définition internationale harmonisée. L’enregistrement en catégorie A reflète, lui, le nombre de personnes inscrites à France Travail et n’ayant aucune heure travaillée au cours du mois de référence. Méthodes, sources et fenêtres de mesure distinctes conduisent mécaniquement à des volumes différents.

La Dares et l’Insee rappellent que ces écarts perdurent. Leur analyse s’attache à expliquer les décalages entre une mesure par enquête (auprès des ménages) et un décompte administratif (les fichiers d’inscription), ainsi que l’impact des critères d’éligibilité et des comportements d’inscription ou de recherche.

Ce que cela change pour les salariés et les demandeurs d’emploi

Pour suivre votre situation, la bonne lecture dépend de votre usage :

  • Vous cherchez un repère sur la tension du marché du travail et les comparaisons internationales: l’indicateur BIT sert de référence commune.
  • Vous voulez appréhender l’activité des services publics de l’emploi et la file d’attente des personnes sans aucune heure travaillée: la catégorie A de France Travail décrit cet aspect administratif.
  • Si vous êtes inscrit à France Travail mais temporairement indisponible ou partiellement en activité, vous ne relevez pas de la même catégorie ni forcément du chômage BIT.

Conséquence pratique: un recul des inscrits en catégorie A ne signifie pas automatiquement une baisse équivalente du chômage BIT, et inversement. Les trajectoires individuelles (retour en emploi, entrée en formation, changement de disponibilité) se reflètent différemment selon l’indicateur.

Employeurs: quel indicateur utiliser pour recruter et piloter?

Pour les entreprises, la météo du recrutement ne se lit pas avec un seul thermomètre. Pour estimer la disponibilité de candidats immédiatement mobilisables, l’évolution des inscrits en catégorie A offre un signal utile sur le vivier sans heures travaillées. Pour évaluer la conjoncture globale et se comparer à d’autres pays ou à des périodes antérieures, l’indicateur BIT fournit un cadre plus homogène.

Dans vos plans d’embauche, croiser les deux sources améliore le calibrage des campagnes: tension sur certains métiers, délais de sourcing, besoins de formation. Un indicateur peut bouger sans que l’autre ne suive, signe que la dynamique vient des entrées/sorties de l’inscription, de la disponibilité déclarée ou du passage vers d’autres catégories.

Pour les politiques publiques: éviter les contresens

Les responsables publics et les partenaires sociaux s’appuient sur ces mesures pour ajuster l’accompagnement, l’indemnisation ou la formation. L’analyse conjointe Dares-Insee vise précisément à clarifier les usages et limites de chaque série pour éviter les confusions lors des diagnostics et évaluations. Un même trimestre peut afficher des mouvements divergents entre l’enquête emploi et les données d’inscription: ce n’est pas une incohérence, mais la conséquence de périmètres et critères différents.

Comment suivre ces indicateurs dans la durée

Pour un suivi éclairé, retenez trois réflexes: regarder la tendance plutôt qu’un seul mois, comparer des périodes homogènes (même périmètre géographique et méthodologique) et contextualiser par les flux (entrées/sorties de l’inscription, transitions vers l’emploi, formation, inactivité). La note Dares-Insee explore ces points pour expliquer pourquoi, en 2024, l’écart entre 2,3 millions (BIT) et 3 millions (catégorie A) demeure élevé.

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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