Une usine à l'arrêt et des salariés en attente
À Montrichet-Albanne, l'usine de silicium exploitée par Ferropem vit depuis près de dix mois une situation de chômage technique quasi continu. Les salariés sont indemnisés à hauteur de 80 % de leur salaire, mais la durée et l'issue de cet arrêt plongent le collectif dans l'incertitude : la question qui revient le plus souvent est simple et imminente — les fours vont-ils redémarrer ?
Un contexte industriel tendu par la concurrence internationale
Le groupe Ferroglobe, propriétaire des installations, a expliqué être incapable de concurrencer les prix du silicium provenant de Chine, évalués comme étant de l'ordre de 30 à 40 % inférieurs aux tarifs pratiqués par ses usines européennes. Pour tenter de rétablir des conditions de marché plus favorables, la direction a saisi la Commission européenne en demandant l'application de mesures anti-dumping. Mais la procédure implique l'accord des 27 États membres et s'avère longue — une réalité qui pèse lourdement sur la vie des salariés et sur la viabilité de l'outil industriel.
Des salariés fatigués, des élus mobilisés
La visite du député LFI de la Savoie, Jean‑François Coulommes, a permis aux salariés d'exprimer leur inquiétude et leur exaspération : la succession de rencontres avec des élus, y compris une précédente venue du ministre délégué chargé de l'Industrie, n'a pas encore produit de solution tangible. Le secrétaire du comité social et économique confirme l'accueil systématique des représentants politiques qui souhaitent constater la situation sur place.
"On reçoit tous les élus qui demandent à venir nous rencontrer"
Un risque de disparition du site si l'attente se prolonge
Parmi les intervenants, un ancien salarié a exprimé la crainte partagée par beaucoup : si les discussions au niveau européen s'étendent sur plusieurs mois encore, l'usine pourrait ne pas survivre. Il rappelle la lenteur des procédures communautaires — qui peuvent durer de quelques mois à plus d'une année — et appelle à une pression politique pour accélérer le dossier : « on vous demande de faire pression sur le gouvernement parce que le chômage ça ne peut pas durer », a‑t‑il déclaré.
Conséquences pour les salariés et pour la filière
Pour les salariés, la situation se traduit par une fatigue économique et psychologique : le maintien partiel du salaire limite l'urgence financière mais pas l'usure morale et l'angoisse de perdre un emploi. Pour la filière française du silicium et les sous‑traitants locaux, un arrêt prolongé expose à la fois la perte de compétences et la fragilisation des capacités industrielles nationales dans un segment stratégique pour l'électronique et l'énergie.
- Durée du chômage partiel : environ 10 mois
- Indemnisation : 80 % du salaire
- Écart tarifaire invoqué : 30–40 % moins cher pour le silicium chinois
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Temps d'arrêt | ~10 mois |
| Maintien salarial | 80 % |
| Différentiel de prix | 30–40 % |
Ce qui peut être attendu
La suite dépend principalement de la rapidité et de l'issue de la procédure anti‑dumping au niveau européen. Si une taxation est décidée, elle pourrait rétablir une compétitivité relative des sites européens et permettre une reprise. En revanche, un délai supplémentaire ou un refus exposerait l'usine à des décisions de réduction d'activité durables, voire de fermeture, avec des conséquences sociales immédiates. Les salariés et leurs représentants militent pour une action politique plus visible et plus rapide ; à défaut, la filière locale risque de subir des pertes de savoir‑faire difficiles à compenser.
Sur le terrain, l'heure est à la mobilisation et à la recherche d'appuis : rassemblements, interpellations politiques et demandes de mesures de soutien ou de réindustrialisation seront les leviers privilégiés si la procédure européenne reste trop lente.