Hausse de l'emploi et progression du chômage : le paradoxe suisse
La Suisse affiche une augmentation du nombre de personnes en emploi au deuxième trimestre, mais voit parallèlement son taux de chômage mesurer par le Bureau international du Travail (BIT) s'alourdir. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), 5,4 millions de personnes en emploi ont été recensées fin juin, soit une hausse de 0,8% en un an.
En équivalents plein temps (EPT), donnée qui neutralise les différences d'horaires, la progression est plus modeste : +0,6%. Le taux d'emploi des 15-64 ans recule légèrement, passant de 80,0% à 79,5%, et en EPT de 67,5% à 67,2%. Ces chiffres traduisent une augmentation des emplois, mais parfois à temps partiel ou avec des horaires réduits.
- Personnes en emploi : 5,4 millions (+0,8%/an)
- EPT : hausse de +0,6%/an
- Taux d'emploi 15-64 ans : 79,5% (vs 80,0% un an plus tôt)
Sur le front du chômage, le taux BIT a augmenté à 4,9% sur la période avril-juin, contre 4,6% un an auparavant, ce qui représente 252 000 personnes, soit 15 000 de plus sur un an. La progression d'un trimestre à l'autre est toutefois modeste (de 5,0% à 5,1% après correction saisonnière).
| Indicateur | Période | Valeur |
|---|---|---|
| Personnes en emploi | Fin juin (an.) | 5,4 millions (+0,8%) |
| Taux de chômage (BIT) | Avr–Juin | 4,9% (252 000 personnes) |
| Taux d'emploi 15-64 ans | Annuel | 79,5% (vs 80,0%) |
Pour situer la Suisse au niveau européen, l'OFS rappelle que le taux de chômage BIT reste inférieur à la moyenne de l'Union européenne, qui se maintient à 5,9%. Mais les variations entre voisins sont notables : l'Allemagne a vu son taux passer de 3,7% à 3,9%, la France de 7,2% à 7,9%, tandis que l'Italie a enregistré une baisse (6,5% à 5,9%).
La statistique nationale suisse offre deux lectures : d'une part, le marché du travail crée encore des emplois en valeur absolue ; d'autre part, la hausse du chômage BIT et la baisse du taux d'emploi des 15-64 ans laissent entrevoir une fragilisation — notamment si les emplois créés sont plus souvent à temps partiel ou précaires. Pour les salariés et demandeurs d'emploi, cela signifie que la concurrence pour des postes stables peut se renforcer, tandis que les employeurs disposent d'une main-d'œuvre en hausse mais potentiellement moins présente en EPT.
Du côté des indicateurs complémentaires du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), le taux de chômage calculé localement a oscillé : 3,0% en avril et mai, 2,9% en juin, puis 3,0% en juillet. Ces différences de méthodologie expliquent en partie l'écart avec le taux BIT et invitent à la prudence dans l'interprétation des tendances à court terme.
Au-delà des pourcentages, ces chiffres posent une question centrale pour les politiques publiques et les entreprises : comment transformer la croissance de l'emploi en emplois durables et à temps plein ? La réponse conditionnera le pouvoir d'achat des ménages, la qualité de l'emploi et la résilience du marché du travail suisse face aux chocs économiques futurs.