Emploi

Croissance 2025 à 4,9 % au Maroc : pourquoi l’emploi des jeunes reste un point noir

Bank Al Maghrib relève une croissance à 4,9 % en 2025 et 193 000 emplois nets créés, mais le chômage global stagne à 13 % et culmine à 37,2 % chez les 15-24 ans, signe d’un modèle de croissance peu générateur d’emplois.

Croissance 2025 à 4,9 % au Maroc : pourquoi l’emploi des jeunes reste un point noir
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Une croissance qui élève le PIB sans résoudre le problème du chômage

En 2025, le Maroc a vu son économie progresser à 4,9 % et enregistrer la création nette de 193 000 emplois, selon le rapport annuel de Bank Al Maghrib. Ces chiffres masquent toutefois une réalité sociale plus sombre : le taux de chômage national reste autour de 13 % et près de 1,6 million de personnes demeurent sans emploi. Le plus frappant est l’impasse pour la jeunesse : le chômage atteint 37,2 % chez les 15-24 ans et s’élève à 48 % en milieu urbain.

Un modèle de croissance peu créateur d’emplois

Le contraste entre une croissance dynamique et un marché du travail encore tendu s’explique, pour plusieurs observateurs, par la composition de cette croissance. Une large part des investissements récents a visé des infrastructures ou des secteurs à forte valeur ajoutée comme l’automobile et l’aéronautique. Ces filières, bien qu’elles conjuguent montée en gamme et attractivité pour les capitaux, restent intensives en capital et souvent fortement automatisées, ce qui limite leur capacité à absorber massivement une main-d’œuvre jeune et peu spécialisée.

« Le décalage entre la croissance de 4,9 % du PIB enregistrée en 2025 et la persistance d’un chômage élevé chez les jeunes s’explique par la nature structurelle et déconnectée du modèle de croissance marocain vis-à-vis de son marché de l’emploi »

Cette analyse, portée par l’économiste Driss Aissaoui dans l’entretien publié par LeBrief, met l’accent sur la faible élasticité emploi-croissance : le PIB peut croître fortement tout en créant relativement peu d’emplois par rapport aux montants investis.

Des créations d’emplois concentrées dans les services, pertes dans l’agriculture

Le rapport de la banque centrale précise que la création nette de 193 000 emplois provient majoritairement du secteur des services, tandis que l’agriculture a continué de détruire des postes. Cette dynamique révèle deux limites : d’une part, les services créent souvent des emplois précaires ou faiblement rémunérés ; d’autre part, la désaffection pour l’emploi agricole ne s’accompagne pas d’une capacité suffisante des autres secteurs à absorber les travailleurs déplacés.

Indicateur Valeur 2025
Croissance du PIB 4,9 %
Création nette d’emplois 193 000
Taux de chômage national 13 %
Chômeurs totaux ~1,6 million
Taux de chômage 15-24 ans 37,2 %
Chômage urbain des jeunes 48 %

Conséquences pour les jeunes, les demandeurs d’emploi et les employeurs

Pour les jeunes, la combinaison d’un marché du travail sélectif et d’une offre de formation parfois déconnectée des besoins augmente le risque d’inactivité prolongée ou d’emploi précaire. Pour les demandeurs d’emploi, cela signifie qu’une simple reprise de la croissance ne suffit pas : il faut des politiques ciblées d’emploi, d’adéquation formation-entreprise et d’accompagnement des transitions professionnelles.

  • Pour les pouvoirs publics : repenser les incitations à l’investissement pour favoriser des filières plus intensives en emploi ou accompagnées de programmes de montée en compétences.
  • Pour les acteurs de la formation : accélérer l’adaptation des programmes aux besoins des secteurs en croissance, en particulier des PME qui restent pourvoyeuses d’emplois locaux.
  • Pour les employeurs : développer l’investissement dans la formation interne et les passerelles permettant d’intégrer des jeunes peu expérimentés.

Un enjeu structurel, pas seulement conjoncturel

Au final, le message du rapport et des experts consultés est clair : la croissance n’est pas automatiquement synonyme d’emplois. Sans réformes structurelles — orientation des investissements, politique industrielle attentive à l’emploi, systèmes de formation mieux calibrés —, les gains de productivité et de valeur ajoutée risquent de continuer à coexister avec un chômage élevé chez les plus jeunes. Cela pose une question politique centrale : comment transformer une croissance mesurable en opportunités d’emploi durables pour des générations entières ?

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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