Un changement de nom qui pourrait changer l’exercice du droit à la formation
Le Compte personnel de formation (CPF) pourrait bientôt s’appeler Compte professionnel de formation. Plus qu’un simple ajustement lexical, l’annonce formulée mi-juillet par le ministre du Travail annonce une modification du fonctionnement : une validation en amont des demandes de formation, effectuée par l’employeur ou un « tiers de confiance », afin de vérifier la cohérence des choix avec le projet professionnel et le marché du travail.
Que prévoit exactement le gouvernement ?
Dans son entretien, le ministre a expliqué vouloir « faire vérifier » les formations sollicitées sur le CPF par un contrôle préalable. Le ministère a ensuite nuancé, indiquant que la liberté de choix serait préservée, mais que le dispositif intégrerait désormais un court questionnaire automatisé demandant au titulaire de préciser son projet professionnel avant toute mobilisation des droits. En cas d’« incohérence », l’usager pourrait être orienté vers les conseillers d’évolution professionnelle.
« Le P de CPF, nous voulons le changer de personnel en professionnel »,
Ce que cela change pour les usagers et les employeurs
Cet encadrement préalable marque un glissement : le CPF, créé pour permettre à chacun de choisir librement des actions de formation, serait désormais soumis à une logique d’orientations professionnelles vérifiables. Pour les salariés et demandeurs d’emploi, cela peut signifier :
- une évaluation administrative avant l’accès aux fonds, susceptible d’allonger les délais d’accès à la formation ;
- une possible réduction des parcours de formation prisés pour des raisons personnelles si ceux-ci sont jugés non alignés avec le projet professionnel déclaré ;
- un recours accru aux conseillers d’évolution professionnelle pour contester ou redéfinir un projet.
Raisons invoquées et inquiétudes syndicales
Le ministre justifie le changement par la volonté d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques et d’éviter des mobilisations jugées peu pertinentes par rapport aux besoins du marché du travail. Les syndicats, eux, dénoncent une possible restriction de la liberté des titulaires du compte et un risque de recentralisation du choix de formation au profit des employeurs ou d’acteurs relais.
Le cadre actuel rapide
Depuis la loi de 2018, le CPF est crédité en euros et accessible via l’application Mon compte formation. Le système alimente automatiquement les comptes des salariés travaillant au moins à mi-temps. À l’heure actuelle, l’abondement annuel pour ces titulaires est de 500 euros par an, versé automatiquement.
| Élément | Situation actuelle |
|---|---|
| Abondement automatique (salariés à mi-temps et plus) | 500 € par an |
Conséquences pratiques et calendrier incertain
Reste à savoir comment sera traduit ce principe de « vérification » dans les dispositifs techniques et qui assumera la responsabilité de la décision lorsque l’usager et l’employeur divergeront. L’introduction d’un questionnaire automatisé laisse supposer une solution numérique intégrée à l’application existante, mais le gouvernement n’a pas précisé le calendrier ni les contours de la procédure de recours.
Pour les salariés, l’enjeu est clair : conserver la faculté d’adapter les compétences à des projets parfois personnels ou entrepreneuriaux. Pour les employeurs et les financeurs publics, l’objectif affiché est d’optimiser la dépense en orientant les formations vers des besoins identifiés du marché. Le débat à venir déterminera l’équilibre entre ces deux impératifs.