Un chantier numérique pour anticiper une hausse d'activité
Le Centre des technologies de l'information de l'État (CTIE) a ouvert un dialogue compétitif pour la conception d'une plateforme nationale de l'emploi qui doit, à terme, remplacer le JobBoard utilisé aujourd'hui par l'Agence pour le développement de l'emploi (ADEM). L'objectif affiché est de moderniser la mise en relation entre candidats, employeurs et organismes de formation et d'augmenter les capacités de l'agence face à une charge de travail attendue en hausse.
Le JobBoard actuel recense près de 7 000 postes vacants. Mais l'agence doit déjà composer avec un nombre élevé de demandeurs : près de 20 000 résidents sont inscrits à ce jour, tandis que plus de 42 000 personnes se sont inscrites au cours de l'année 2025. Parallèlement, la dynamique des recrutements reste soutenue : en juin 2026, plus de 3 100 nouveaux postes ont été déclarés, soit une augmentation de 7,2 % en un an.
Pourquoi une nouvelle plateforme ?
Plusieurs éléments poussent l'État luxembourgeois à investir dans une refonte de ses outils numériques :
- Capacité : anticipation d'une hausse significative d'activité pour l'ADEM, notamment liée à une réforme européenne qui modifie l'indemnisation des travailleurs frontaliers.
- Usage : la digitalisation des démarches progresse rapidement : 85 % des demandes d'indemnité chômage sont désormais saisies en autonomie en ligne.
- Adoption : les inscriptions comme demandeur d'emploi via MyGuichet.lu ont quasiment doublé, passant de 23 % en 2023 à 41 % en 2026.
La réforme européenne du règlement sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, citée dans le dossier, signifie qu'à l'avenir les travailleurs frontaliers seront indemnisés par leur dernier pays d'emploi et non par leur pays de résidence. Pour le Luxembourg, pays où les frontaliers représentent près d'un emploi sur deux, cette modification pourrait entraîner une montée sensible du volume de dossiers à traiter par l'ADEM.
Conséquences pour les salariés, demandeurs d'emploi et entreprises
Du point de vue des usagers, une plateforme mieux intégrée doit permettre un suivi plus fluide des dossiers, une visibilité accrue sur les offres et une articulation plus nette entre offres, formations et services d'accompagnement. Pour les demandeurs d'emploi, cela peut réduire le temps de mise en relation et améliorer l'adéquation des candidatures.
Pour les entreprises, l'enjeu est double : simplifier la déclaration des postes vacants et accéder à des viviers de candidats plus qualifiés via des outils de matching avancés. Aujourd'hui, malgré un marché qui peine à recruter dans certains secteurs, les employeurs adoptent progressivement les outils numériques — une tendance que la nouvelle plateforme devra accélérer.
Ce que l'appel d'offres implique
Le recours au dialogue compétitif indique que l'administration souhaite co-construire la solution avec des opérateurs capables d'apporter des réponses techniques et fonctionnelles poussées. Le périmètre couvrira vraisemblablement la gestion des annonces, le suivi des dossiers d'indemnisation, l'interopérabilité avec MyGuichet.lu et des modules d'accompagnement adapté aux flux transfrontaliers.
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Postes recensés sur le JobBoard | ~7 000 |
| Demandeurs d'emploi inscrits actuellement | ~20 000 |
| Inscriptions en 2025 | >42 000 |
| Postes déclarés en juin 2026 | 3 100 (+7,2 %) |
| Part des demandes d'indemnité en ligne | 85 % |
| Inscriptions via MyGuichet.lu 2023 → 2026 | 23 % → 41 % |
Reste la question de la mise en œuvre : calendrier, gouvernance de la plateforme, articulation avec les collectivités et protection des données personnelles. Les détails seront précisés au fil des étapes du dialogue compétitif ouvert par le CTIE.
Enjeux à moyen terme
Au final, l'enjeu n'est pas seulement technologique. Il s'agit d'adapter les services publics de l'emploi à des flux transfrontaliers importants, à des usages numériques désormais majoritaires et à une demande sociale accrue. Si la nouvelle plateforme réussit son intégration, elle peut améliorer l'efficacité des politiques d'emploi et réduire les délais de traitement. À défaut, l'ADEM risque d'être submergée au moment où les règles européennes feront basculer une part substantielle de son activité.