Une croissance qui n'entraîne pas la baisse du chômage
En 2025, l'économie marocaine a accéléré : le produit intérieur brut a progressé de 4,9 % et l'investissement a enregistré un bond spectaculaire de 16,3 %. Pourtant, le chômage est resté proche de 13 %, un niveau jugé préoccupant par la banque centrale. Derrière ce paradoxe, Bank Al-Maghrib identifie une fragilité structurelle du marché du travail : la croissance ne se traduit plus automatiquement en gains d'emploi suffisants pour absorber l'arrivée de nouveaux actifs.
Un décrochage massif de la population en âge de travailler
Sur les 407 000 personnes ayant atteint l'âge d'exercer une activité en 2025, seules 177 000 se sont présentées sur le marché du travail ; les 230 000 restantes ne cherchent pas d'emploi (études, tâches domestiques, découragement). Ce phénomène, plus difficile à capter que le simple taux de chômage, traduit un désengagement important qui réduit la portée des gains macroéconomiques sur l'emploi effectif.
« le contenu en emploi de la croissance s'est sensiblement affaibli »
La banque centrale qualifie le marché du travail de "maillon faible" de l'économie nationale, pointant une détérioration de la capacité de la croissance à créer des emplois qualifiés et durables.
Des créations d'emplois insuffisantes et inégales
Sur le plan quantitatif, l'économie a tout de même généré 193 000 emplois en 2025, après 82 000 en 2024 et une destruction nette de 157 000 emplois en 2023 en lien avec la sécheresse cette année-là. Mais ces chiffres doivent être lus avec prudence : ils montrent une reprise de l'emploi, sans pour autant inverser le problème structurel de la faible participation au marché du travail.
Conséquences pour les salariés et les employeurs
- Pour les demandeurs d'emploi : la situation signifie un marché où la concurrence reste forte et où la simple reprise économique n'assure pas un retour rapide à l'emploi, surtout pour les profils mal adaptés aux besoins réels des entreprises.
- Pour les entreprises : le vivier de main-d'œuvre disponible est réduit par un faible taux d'activité ; les employeurs peuvent faire face à des pénuries de compétences ou à des difficultés de recrutement ciblé.
- Pour les politiques publiques : le défi est double : accroître l'offre d'emplois en quantité et améliorer leur qualité, tout en incitant au retour sur le marché du travail des personnes temporairement découragées ou en formation.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Croissance du PIB (2025) | 4,9 % |
| Investissement (variation en volume, 2025) | +16,3 % |
| Taux de chômage | ~13 % |
| Entrants en âge de travailler (2025) | 407 000 |
| Parmi eux, présents sur le marché du travail | 177 000 |
| Ne cherchant pas d'emploi | 230 000 |
| Emplois créés (2025) | 193 000 |
Quelles pistes d'action ?
Le diagnostic de la banque centrale oriente vers des solutions combinées : renforcer l'adéquation formation/emploi, encourager des créations d'emplois de meilleure qualité, et mener des politiques actives pour ramener à l'activité les personnes éloignées du marché du travail. Les décideurs publics et les acteurs privés devront coordonner leurs efforts pour transformer une croissance soutenue en gains d'emploi tangibles et durables.
En clair : la croissance est là, les emplois sont produits, mais le lien entre les deux s'est affaibli. Pour les Marocains en recherche d'un emploi stable et pour les entreprises qui peinent à trouver des compétences, c'est ce désajustement qu'il faut désormais réduire.