La fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C), qui revendique la représentation d'environ 1 000 stations indépendantes, a saisi l’Autorité de la concurrence. Motif : le plafonnement des prix pratiqué par TotalEnergies, jugé concurrence déloyale par les petits exploitants.
Une pratique jugée possible « vente à perte » par les indépendants
La FF3C accuse le groupe intégré — de l’extraction à la distribution — d’utiliser ses marges réalisées en amont pour proposer des tarifs très bas en station. Selon la fédération, cette stratégie pèse fortement sur l’activité des acteurs indépendants, incapables de rivaliser sur les prix. Interrogé en juin, le PDG de TotalEnergies a reconnu un manque à gagner d’environ 200 millions d’euros lié à ce plafonnement national des prix.
« Le plafond des prix pratiqués par le groupe est inférieur au prix de revient », avait-il déclaré.
Des pertes d’activité déjà mesurables
Plusieurs syndicats et observateurs du secteur relèvent une érosion marquée du trafic carburant pour les petites stations. Le sondage du syndicat Mobilians, qui représente 5 800 stations-service traditionnelles, fait état d’une baisse d’activité comprise entre 15 % et 40 % sur la vente de carburants.
Pour donner du sens à ces pourcentages : si une station réalise 20 000 € de ventes carburant par mois, une chute de 15 % équivaut à une perte de 3 000 € mensuelle ; à 40 %, la perte grimpe à 8 000 € par mois — des montants qui peuvent rapidement mettre en péril la trésorerie d’un commerce de proximité.
- Acteurs : FF3C (≈1 000 stations) contre TotalEnergies (groupe intégré).
- Montant évoqué : 200 millions d’euros de manque à gagner pour TotalEnergies.
- Impact constaté : baisse d’activité de 15 à 40 % chez les petites stations (sondage Mobilians).
Quelles conséquences pour les automobilistes et le réseau ?
Si les prix bas peuvent sembler bénéfiques pour le consommateur à court terme, la disparition progressive de stations indépendantes réduit l’offre et la concurrence locale. Moins de points de vente signifient aussi des distances accrues pour faire le plein, des fermetures d’emplois et une concentration du marché entre les mains de quelques grands acteurs capables d’absorber des marges plus faibles.
L’Autorité de la concurrence devra apprécier si la politique tarifaire de TotalEnergies enfreint les règles de la concurrence. Sa décision aura des répercussions directes sur le maillage des stations-service en France et, à terme, sur le portefeuille des ménages qui font le plein.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Stations représentées par la FF3C | ≈ 1 000 |
| Stations représentées par Mobilians | 5 800 |
| Manque à gagner déclaré par TotalEnergies | 200 M€ |
| Baisse d’activité observée | 15–40 % |
La saisine marque le premier acte formel d’un bras de fer juridique entre petits exploitants et grand groupe. Pour les consommateurs, la question est cruciale : vaut-il mieux des prix immédiatement bas, ou préserver un réseau diversifié de stations indépendantes garantissant concurrence et proximité sur le long terme ?
Sur le front économique, les indépendants réclameront réparation si l’Autorité estime que la stratégie tarifaire a faussé la concurrence. Pour l’instant, c’est une procédure qui s’ouvre et qui mérite une attention soutenue, car elle touche à la fois au pouvoir d’achat des ménages et à la survie d’entreprises locales.