Des progrès de longévité mais pas une distribution équitable
Le Luxembourg se distingue par une forte progression de la longévité : en 2024, l'espérance de vie à la naissance y atteint 83,2 ans, plaçant le Grand-Duché au 5e rang européen. Pourtant, une étude de la Cellule scientifique de la Chambre des députés révèle que ces gains de durée de vie ne sont pas partagés uniformément entre les retraités. Selon les auteurs, des différences notables existent en fonction du niveau de pension, du parcours professionnel et du sexe, ce qui entraîne des durées de retraite très inégales.
Des chiffres clés qui éclairent les inégalités
Les chiffres fournis par l'étude permettent de mesurer l'ampleur du phénomène :
- L'espérance de vie moyenne à la naissance en 2024 : 83,2 ans.
- Espérance de vie à 60 ans en 2024 : environ 25 ans en moyenne — 26,5 ans pour les femmes, 23 ans pour les hommes.
- Depuis le début des années 2000, l'espérance à 60 ans progresse d'environ 1 an par décennie.
- Projections du Statec : pour 2070, l'espérance à la naissance pourrait atteindre 90,3 ans pour les femmes et 86,7 ans pour les hommes (respectivement 85,2 et 81,1 en 2025).
- Taux de mortalité en 2025 : 6,4% ; âge moyen des décès : 78,1 ans (femmes 81,1, hommes 75,1).
| Pays | Espérance de vie 2024 |
|---|---|
| Espagne | 84 ans |
| Suède | 83,8 ans |
| Italie | 83,7 ans |
| Chypre | 83,5 ans |
| Luxembourg | 83,2 ans |
| Moyenne UE | 81,5 ans |
Ce que ces écarts signifient pour les retraites
Sur la base des éléments analysés, l'allongement de la durée de vie ne profite pas également à tous. Les retraités les mieux lotis financièrement bénéficient non seulement de pensions plus élevées, mais aussi d'une durée de vie plus longue, ce qui augmente mécaniquement la période pendant laquelle ils perçoivent une retraite. À l'inverse, les catégories socio-professionnelles les moins favorisées quittent souvent le marché du travail plus tôt et vivent moins longtemps après le départ à la retraite, réduisant la « durée effective » de jouissance de leur pension.
Impacts politiques et questions ouvertes
Ces constats remettent au centre du débat public la question de l'égalité entre assurés : faut-il compenser les inégalités de durée de vie par des mécanismes redistributifs ? Comment prendre en compte des parcours d'emploi hétérogènes (pénibilité, carrières heurtées, départs anticipés) dans la conception des réformes ? Le rapport montre aussi que les projections démographiques continuent d'évoluer fortement, ce qui oblige à intégrer des horizons à long terme dans les calculs actuariels et les décisions politiques.
Points de vigilance pour la France
Si les données concernent le Luxembourg, les enseignements rejoignent des préoccupations partagées par de nombreux pays européens, dont la France : inégalités de mortalité liées aux revenus et aux métiers, différences durables entre sexes, et conséquences sur la soutenabilité et l'équité des systèmes de pensions. Les décideurs doivent peser l'impact de l'allongement de la vie sur la dépense publique tout en veillant à préserver la justice sociale entre assurés qui n'ont pas les mêmes trajectoires de vie et de travail.
En bref : le gain d'espérance de vie est réel au Luxembourg, mais il bénéficie de manière disproportionnée aux retraités les mieux dotés — un constat qui invite à repenser les outils de redistribution et les règles de calcul des droits pour limiter l'amplification des inégalités.