Un appel frontal à revoir le cap économique
Une tribune publiée le 19 juillet 2026 par Fabrice Bonnifet, président du C3D et de GenAct, interpelle directement les entreprises et les décideurs. L'auteur juge l'idée de croissance verte illusoire et plaide pour une économie post-croissance compatible avec les limites planétaires. Le texte, sans ambiguïté, affirme que persister dans le modèle actuel revient à ignorer la contrainte physique des ressources et du climat.
« Nous n’avons plus le droit de faire semblant d’agir »
Selon l'auteur, la poursuite d'un système fondé sur une croissance infinie, alimentée par les énergies fossiles, entre en collision avec la biocapacité de la planète. La critique vise autant le déni que le technosolutionnisme, c’est‑à‑dire la croyance qu’une accumulation de technologies suffirait, à elle seule, à résoudre le problème climatique sans transformation des flux physiques.
La fin d’un récit économique devenu inconciliable avec le climat
La tribune rappelle que la cause du réchauffement climatique tient aux activités humaines, et particulièrement à la combustion des fossiles. Pour l’auteur, penser que l’on peut « découpler de manière absolue » la création de richesse des pressions environnementales revient à ignorer des ordres de grandeur et des contraintes physiques. Le propos est tranché : la croissance illimitée ne serait pas « verte » mais contradictoire avec des limites finies.
Au-delà du constat, le texte désigne ceux qui s'en remettent à une croissance compatible avec le climat comme entretenant une fiction dangereuse pour l’action. Il s’attaque également à l’inaction, jugée incompatible avec l’urgence, et souligne que les modes de vie des pays à haut revenu ont déjà contribué au dépassement des limites planétaires.
Que signifierait une décroissance pilotée pour l’économie réelle ?
L’auteur propose d’accepter, d’organiser et de piloter une décroissance des flux physiques carbonés. Il évoque une réduction supérieure à 5 % par an jusqu’à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Concrètement, cela implique des arbitrages sélectifs : ralentir les usages fortement émetteurs, privilégier les activités compatibles avec les limites écologiques et réorienter l’investissement vers la sobriété et la régénération du vivant.
| Objectif | Indication chiffrée |
|---|---|
| Réduction annuelle des flux carbonés | > 5 % |
| Horizon de neutralité | 2050 |
Pour les entreprises, l’enjeu dépasse le reporting. Il s’agit de réinterroger des modèles d’affaires adossés à la croissance volumique des flux matériels et énergétiques. La tribune appelle à mettre en cohérence la stratégie avec une trajectoire physique descendante, ce qui suppose de repenser l’offre, la chaîne d’approvisionnement, la demande et la performance au-delà des volumes.
Un débat stratégique pour la planification et la compétitivité
Ce positionnement bouscule les cadres habituels des politiques économiques. Il interroge la manière de fixer des priorités sectorielles, de calibrer les investissements, et d’accompagner la transformation des compétences. L’auteur écarte l’idée d’un salut par le seul progrès technique, invitant à prioriser la sobriété et la réduction effective des flux plutôt que leur compensation.
- Refus du « business as usual » au nom des contraintes physiques et climatiques.
- Appel à une trajectoire ordonnée de baisse des émissions, avec un cap temporel clair.
- Attente d’un pilotage économique aligné sur la réalité des budgets carbone plutôt que sur des hypothèses de découplage absolu.
La portée de cet appel est double : elle est philosophique, en dénonçant une illusion collective, et opérationnelle, en posant la question de la transformation concrète des modèles d’entreprise. À court terme, elle renvoie à l’alignement des trajectoires climatiques des organisations sur une baisse soutenue des flux émissifs. À moyen terme, elle redéfinit les critères de résilience et de compétitivité dans une économie contrainte par le climat.
Un cap proposé, des tensions à arbitrer
La tribune ne détaille pas les modalités sectorielles, mais elle fixe une boussole : remplacer la promesse d’une croissance illimitée par une gestion rigoureuse des flux physiques. Pour les décideurs économiques, ce signal participe à structurer le débat français sur la planification de la transition, entre impératif climatique, soutenabilité sociale des ajustements et lisibilité des trajectoires d’investissement.