Le parquet de Hanoï renvoie 188 prévenus pour une escroquerie d’envergure
Le 3 août, le Parquet populaire de Hanoï a annoncé le renvoi devant la justice de 188 personnes impliquées dans l’affaire dite « Mr Pips », dirigée par Pho Duc Nam, né en 1994 et considéré par les autorités comme le principal instigateur du réseau. Les chefs retenus contre les mis en cause comprennent notamment l’escroquerie, le blanchiment d’argent, le recel de biens d’origine criminelle et la fraude fiscale.
Parmi les personnes visées figurent des dirigeants supposés du système — à commencer par Pho Duc Nam — ainsi que des complices identifiés : Lê Khac Ngo dit « Mr Hunter » (né en 1990) et Nguyên Thanh Phong, ancien officier du Département B05 du ministère de la Police. D’autres prévenus sont directement poursuivis pour des infractions connexes : Nguyên Thi Thuy pour blanchiment et fraude fiscale ; Nguyên Hoà Binh et Pho Duc Thang (le père de Pho Duc Nam), ainsi que quatre autres personnes, pour blanchiment. Au total, 177 personnes sont mises en examen pour escroquerie et une personne est poursuivie pour recel de biens d’origine criminelle.
Méthode : plateformes fictives, réseaux de comptes et bureaux physiques
Selon l’acte d’accusation, l’organisation aurait commencé son activité dès 2017, en lien avec un ressortissant turc identifié comme Isik Uran. Ils auraient créé 36 plateformes de trading factices connectées aux applications MT4 et MT5 et affichant des dénominations proches de celles de plateformes internationales. Ces sites n’auraient été liés à aucun marché financier réel : les pertes subies par des investisseurs auraient été récupérées par les administrateurs du réseau.
Le montage reposerait sur une architecture financière et opérationnelle structurée :
- 36 plateformes fictives ;
- 66 comptes bancaires et de paiement identifiés ;
- des bureaux implantés à Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Dà Nang et Binh Duong pour recruter du personnel et attirer des victimes.
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Personnes renvoyées devant la justice | 188 |
| Plateformes créées | 36 |
| Comptes bancaires et paiement | 66 |
| Faits reprochés (selon l’acte d’accusation) | 919 |
| Montant détourné (mention) | près de 1.560 milliards |
Conséquences juridiques et fiscales
Le dossier comprend des chefs relevant explicitement du droit fiscal : la fraude fiscale est citée pour plusieurs prévenus, ce qui implique, en cas de condamnation, des poursuites pénales et des redressements ou confiscations patrimoniales. Le signalement de montages reposant sur des sociétés écrans et de multiples comptes souligne la complexité des investigations, qui mêlent poursuites pénales et enquêtes financières destinées à retracer les flux.
Le Parquet affirme disposer d’éléments suffisants pour considérer Pho Duc Nam comme l’initiateur principal de l’escroquerie. L’instruction attribue au réseau 919 faits ayant permis le détournement de près de 1.560 milliards (la source ne précise pas l’unité monétaire), chiffre repris par l’acte d’accusation transmis aux médias.
Ce dossier illustre la porosité entre escroquerie financière internationale et délits fiscaux : des montages numériques et des circuits de paiement internationaux peuvent dissimuler des recettes imposables et permettre le blanchiment. La suite du procès précisera l’ampleur des redressements fiscaux et des confiscations éventuelles.
Pour l’heure, le renvoi devant la justice marque une étape importante de l’instruction : il ouvrira la phase judiciaire où seront discutées preuves, responsabilités individuelles et, le cas échéant, les peines applicables.