Feu vert conditionnel pour un rapprochement qui redessine le paysage coopératif
L’Autorité de la concurrence a donné son accord, sous engagement, à la fusion complète d’Euralis et de Maïsadour, deux groupes coopératifs majeurs du Sud-Ouest. L’opération rassemble au total plus de 10 000 agriculteurs adhérents et couvre l’ensemble des activités des deux entités — du canard gras aux productions végétales en passant par la nutrition animale et la collecte céréalière. Le dossier, instruit depuis décembre 2024, aura nécessité dix-huit mois d’examen.
Des engagements pour cinq ans pour limiter les risques concurrentiels
Pour lever les craintes d’une concentration excessive sur certains segments, l’Autorité a assorti son feu vert d’un ensemble d’engagements contraignants sur une durée de cinq ans. Ces mesures visent à préserver l’accès au marché pour les distributeurs, les transformateurs et surtout les agriculteurs adhérents qui pourraient subir des effets de verrouillage.
« Nous avons commencé à instruire ce dossier en décembre 2024, nous avons mis dix-huit mois pour trouver une solution avec les deux entreprises »,
Les engagements portent notamment sur des cessions d'actifs et des dispositifs facilitant la mobilité des exploitations au sein des circuits de collecte et d'approvisionnement.
Risque de position dominante sur le canard gras et mesures compensatoires
L’Autorité a identifié un risque significatif de position dominante dans le segment du canard gras. Selon son analyse, la nouvelle entité aurait détenu des parts de marché très élevées, représentant « plus des deux tiers » pour certains segments comme le foie gras cru standard (marques de fabricants). Pour atténuer ce risque, des cessions et des mécanismes de concurrence seront imposés, dont la cession d'une partie de la production de canards :
- 2 millions de canards gras devront être cédés à des concurrents,
- des garanties seront mises en place pour la collecte céréalière,
- des mesures spécifiques visent la nutrition animale et la facilitation de la mobilité des adhérents.
Quel impact pour les agriculteurs, les filières et les consommateurs ?
Pour les quelque 10 000 exploitations concernées, le rapprochement promet des synergies commerciales et logistiques — mutuelles d'achat, optimisation des lignes de collecte et offres d'aval consolidées. Mais il soulève aussi des interrogations : accès aux débouchés, pouvoir de négociation vis-à-vis des nouvelles structures et risque d'érosion des prix payés aux producteurs si la concurrence se réduit.
Pour les consommateurs et la distribution, l’Autorité a mis l’accent sur le risque de hausse des prix, notamment en restauration et en grande distribution, si la concentration n'était pas encadrée. Les cessions imposées visent à maintenir une offre diversifiée et des pressions concurrentielles sur les tarifs.
Chiffres clés
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Exploitations concernées | +10 000 adhérents |
| Adhérents Euralis | 5 300 |
| Adhérents Maïsadour | 5 000 |
| Durée d'instruction | 18 mois (depuis décembre 2024) |
| Engagements | 5 ans |
| Volume de canards à céder | 2 millions |
Si la validation conditionnelle permet au projet de se réaliser, elle illustre aussi la délicate équation que doivent résoudre les autorités : permettre aux filières d'atteindre de la taille critique pour exporter et investir, tout en maintenant une concurrence suffisante pour protéger les revenus agricoles et le pouvoir d'achat des consommateurs. Les modalités exactes des cessions et des facilités pour les adhérents resteront à suivre de près dans les prochains mois.