Un avertissement sectoriel avec des implications européennes
Les organisations patronales de l’industrie espagnole ont adressé un signal d’alarme au Gouvernement : si les prix du gaz et de l’électricité restent aux niveaux observés, certaines usines pourraient réduire temporairement leur production, voire arrêter des lignes cet automne. L’appel, relayé par plusieurs associations de grands consommateurs, n’est pas présenté comme une annonce de fermetures massives mais comme un risque concret lié à la montée des coûts énergétiques.
Des secteurs plus exposés que d’autres
La vulnérabilité varie fortement selon les filières. Sont particulièrement touchés :
- La sidérurgie, qui nécessite de très grandes quantités d’électricité pour ses procédés de fusion et d’affinage ;
- La céramique et le verre, ainsi qu’une partie de la chimie, dépendantes principalement du gaz pour les hautes températures et les procédés thermiques ;
- Le papier et le ciment, consommateurs intensifs d’énergie pour maintenir des chaînes continues à haute température ;
- L’automobile, moins exposée en consommation directe mais sensible via ses fournisseurs d’aciers, d’aluminium, de verre, de plastiques et autres composants.
Un coût chiffré : 7,4 milliards d’euros en plus pour 2026
L’Alliance pour la Compétitivité de l’Industrie Espagnole (regroupant neuf associations représentant environ 60 % du Produit Industriel Brut espagnol) évalue l’impact potentiel de la crise énergétique liée aux tensions géopolitiques à 7 400 millions d’euros supplémentaires sur la facture énergétique de l’industrie manufacturière d’ici la fin 2026. Cette estimation se décompose en :
| Éléments | Montant (millions €) |
|---|---|
| Gaz | 4 220 |
| Électricité | 3 175 |
Les organisations pointent également une forte concentration temporelle : près de 70 % de cet impact anticipé pour 2026 serait concentré entre septembre et décembre, ce qui correspond au calendrier de reprise d’activité après l’été et à des périodes de consommation plus soutenue.
Quelles implications pour la France et le marché européen ?
Si l’alerte émane d’Espagne, le signal est pertinent pour la France et l’ensemble de l’Union européenne. Les chaînes de valeur industrielles sont transnationales : une réduction de capacité chez un fournisseur d’acier ou d’aluminium en Espagne se répercute chez des donneurs d’ordre français et européens. Par ailleurs, la co-mobilité des marchés gaziers et électriques en Europe signifie que des tensions de prix dans un pays peuvent se transmettre, via les interconnexions et les marchés spot, à ses voisins.
Mesures demandées et pistes de réponse
Les entreprises et fédérations espagnoles demandent notamment :
- la prolongation des allègements et dispositifs de soutien existants ;
- le renforcement des aides ciblées pour les grands consommateurs intensifs d’énergie ;
- des mécanismes de couverture et de stabilisation des prix à moyen terme.
Pour la France, cela pose des choix politiques et industriels : augmenter les boucliers tarifaires et aides court terme, accélérer les stratégies d’économies d’énergie dans l’industrie, ou renforcer les capacités de production nationale décarbonée pour réduire la dépendance aux marchés internationaux. Chaque option a un coût et des effets sur la compétitivité.
Enjeux immédiats
L’automne prochain apparaît comme une période cruciale. Si les prix du gaz et de l’électricité ne se stabilisent pas, des ajustements de production seront inévitables pour préserver la trésorerie des entreprises. À moyen terme, la situation renforce l’urgence d’un mix énergétique européen plus résilient et d’instruments de soutien ciblés pour les secteurs les plus exposés, afin d’éviter que la hausse des coûts énergétiques ne se transforme en désindustrialisation partielle.