Des flux nets élevés mais une valorisation qui pèse
Au premier trimestre 2026, l'encours des placements financiers des assureurs et des fonds de pension a peu progressé, en dépit de flux d'investissement encore soutenus. Selon les derniers chiffres publiés par la Banque de France, l'encours global atteint 2 854,5 Ms€ à fin mars 2026, soit une hausse limitée de 1,1 Md€ par rapport à fin décembre 2025.
Cette progression mesurée masque un mouvement opposé : d'un côté des flux nets de placements conséquents — 32,7 Mds€ pour les assureurs et 2,2 Mds€ pour les fonds de pension — et de l'autre des effets de valorisation négative qui ont amputé les encours pour environ 33 Mds€. Autrement dit, les achats n'ont pas suffi à compenser la baisse de valeur des actifs déjà détenus.
« La hausse des taux longs a entraîné une baisse du cours des obligations, accompagnée d’une baisse du cours des actions »
La Banque de France met en avant le rôle central de la remontée des taux longs : elle a réduit la valorisation des titres à revenu fixe et pesé aussi sur le prix des actions, limitant mécaniquement la croissance des encours malgré des apports nets importants.
Où vont les investissements des assureurs ?
Les comportements d'allocation diffèrent selon les métiers. Les assureurs vie et mixtes ont concentré leurs flux du trimestre sur les organismes de placement collectif (OPC) et les titres de créance, tandis que les actions n'ont représenté qu'une part marginale des flux.
- Flux totaux vie et mixte : 29,5 Mds€
- OPC : 13,9 Mds€
- Titres de créance : 13,5 Mds€
- Actions : 0,1 Md€
Au total, le stock de placements financiers des assureurs vie et mixtes s'élève à 2 354 Mds€, composé notamment de 1 200 Mds€ de titres de créance, 867,9 Mds€ d'OPC et 188,8 Mds€ d'actions.
Situation des assureurs non-vie
Les assureurs non-vie présentent des profils d'investissement distincts : leurs flux du trimestre ont atteint 3,2 Mds€, quasi intégralement orientés vers des titres de créance à long terme (3,9 Mds€ d'investissements nets dans cette catégorie), tandis que les fonds actions et les prêts ont enregistré des désinvestissements (-0,6 Md€ et -0,7 Md€ respectivement).
Leur encours total s'établit à 299,1 Mds€, dominé par les titres de créance (129,8 Mds€), les OPC (47,7 Mds€) et la monnaie/dépôts (13,7 Mds€).
Conséquences et arbitrages
La combinaison d'une forte activité nette d'investissement et d'effets de marché défavorables illustre un arbitrage central pour les assureurs : préserver des rendements et la solvabilité tout en gérant le risque de taux. La préférence pour les titres de créance et les OPC reflète un mouvement vers des actifs perçus comme plus liquides ou adaptés aux besoins de gestion des passifs, alors que les actions restent minoritaires dans les nouveaux flux.
| Grandeurs | Montant |
|---|---|
| Encours total (assureurs + fonds pension) | 2 854,5 Ms€ |
| Flux nets (assureurs) | 32,7 Mds€ |
| Valorisation (effet marché) | -33 Mds€ |
| Stock vie & mixte | 2 354 Mds€ |
| Stock non-vie | 299,1 Mds€ |
À court terme, la trajectoire des taux longs continuera d'être le principal facteur d'incertitude pour la valeur des portefeuilles. Pour les épargnants et les acteurs institutionnels, cela signifie que la lecture des performances doit intégrer non seulement les flux mais aussi l'impact des valorisations de marché sur les encours.
Sur un plan macroéconomique, ces données montrent que les assureurs restent des investisseurs majeurs et actifs en France, mais qu'ils subissent les effets de la normalisation monétaire. Leurs choix d'allocation — plus orientés vers les titres de créance et les OPC — traduisent un recentrage prudent face à des conditions de marché qui restent volatiles.