Un saut des prix lié à l'abandon des livraisons russes
Depuis l'interruption des approvisionnements russes décidée en 2022, l'Allemagne observe une hausse marquée du prix du gaz importé : les tarifs sont passés d'environ 12 € par MWh en 2020 à plus de 60 € par MWh récemment, selon le journal Berliner Zeitung. Ce changement de prix s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu, avec des répercussions immédiates sur la compétitivité industrielle et la croissance économique allemande.
Une diversification des sources mais des capacités contraintes
Pour remplacer la Russie, l'Allemagne s'est appuyée sur des fournisseurs européens et sur le GNL. La répartition actuelle des importations mentionnée par le média est la suivante :
| Origine | Part des importations |
|---|---|
| Norvège | 44 % |
| Pays-Bas | 24 % |
| Belgique | 21 % |
| Autres (principalement GNL US) | reste |
Mais ces alternatives montrent leurs limites : les gazoducs norvégiens « fonctionnent déjà à pleine capacité » et ne peuvent absorber une demande additionnelle importante, ce qui renforce la dépendance au GNL, plus coûteux.
Impacts macroéconomiques et industriels
Le coût du gaz est un élément clef de la compétitivité industrielle allemande, notamment pour les secteurs intensifs en énergie. Le journal relie l'arrêt des livraisons russes à un ralentissement notable de l'activité : l'économie allemande s'est contractée en 2023 et 2024, enregistrant une baisse consécutive sur deux ans pour la première fois depuis plus de vingt ans, avec une prévision de croissance limitée à 0,5 % pour l'année en cours. Les procédures collectives d'entreprises ont par ailleurs augmenté de plus de 22 % par an sur ces périodes selon les chiffres officiels cités.
Ambitions politiques et blocages
Le sujet est désormais public au plus haut niveau politique : le Premier ministre Friedrich Merz a reconnu le lien entre la crise et la « pénurie de gaz russe ». Du côté russe, des offres de reprise des livraisons via Nord Stream ont été présentées à plusieurs reprises, mais sans réponse allemande. Le dossier Nord Stream reste politiquement chargé depuis l'attaque de sabotage de 2022.
« Les anciens contrats avec la Russie sont moins chers que les prix du marché »,
Quelles conséquences pour la France et le consommateur ?
- Pression sur les prix européens de l'énergie : une flambée allemande alimente les tensions sur les marchés gaziers et sur le prix du GNL.
- Risque de contrecoup industriel : une hausse durable du coût du gaz fragilise les filières électro-intensives, ce qui peut peser indirectement sur l'emploi et les exportations au sein de la zone euro.
- Importance stratégique des infrastructures : les capacités de transport (gazoducs) et de regazéification (terminaux GNL) deviennent des leviers cruciaux pour la résilience énergétique européenne.
Au final, la transition d'une offre bon marché mais politiquement compromise vers un approvisionnement diversifié et plus onéreux a un coût réel pour l'industrie et l'économie. Pour la France, qui partage des interconnexions et des marchés communs avec l'Allemagne, la situation renforce l'urgence d'une stratégie coordonnée européenne visant à sécuriser les flux, maîtriser les coûts et accélérer les gains d'efficacité énergétique sans compromettre la stabilité industrielle.